dimanche 21 janvier 2018

Je n’avais pas vraiment fait vœu de silence…

Pourtant, je romps aujourd’hui ce qu’il convient sans doute d’appeler une prise de distance. Je le fais pour deux raisons, bien distinctes, quoique concomitantes. Le hasard des choses nous rappelle souvent à l’ordre, et de manière inattendue.

Le premier événement qui m’invite à mettre fin ici à cette parenthèse est le départ annoncé du Maire du 3e arrondissement, Thierry Philip. Annonce faite par l’intéressé en tout début de semaine lors de la traditionnelle cérémonie des vœux aux habitants. Si l’émotion était de mise, il n’y avait là assurément aucune place pour le prétendu divorce entre les élus et les citoyens, tant chacun se sentait en phase avec les mots  de l’édile, évoquant tour à tour l’homme et la fonction : en politique, comme ailleurs, l’homme doit savoir s’effacer derrière la fonction qu’il sert. Dans l’assistance, beaucoup avaient la larme à l’œil. J’ai même vu quelques bouches joliment s’arrondir sous l’effet de la surprise. Georges Képénékian, l’actuel Maire de Lyon, a d’ailleurs  ponctué son discours d’un éloquent : « Eh bien, nous pourrons dire que nous y étions ! ».

L’instant était donc historique. Et pas seulement pour celles et ceux qui, en 2008, avaient  accompagné l’ascension de Thierry Philip. Ils étaient là, bien sûr, les soutiens des premiers jours, la famille, les amis, les fidèles, grossis de la foule des  nouveaux venus, agrégés au fil du temps. Si la fonction de maire n’est pas un métier, elle s’apparente parfois à un drôle de sacerdoce. Je m’amusais dimanche dernier, lors d’un marché, de voir quelques dames, visiblement ravies de leur rencontre, se retourner sur celui qui était encore leur maire affiché. Un arrondissement de plus de 100 000 habitants a parfois des airs de village… Et c’est heureux de pouvoir garder cette proximité les uns avec les autres. Médecin de formation, Thierry Philip a cette faculté d’écoute, indispensable, qu’il a abondamment cultivée au cours des dix années de son mandat. Mais s’effacer derrière la fonction ne signifie pas s’oublier. Il nous l’a rappelé. Savoir préparer sa succession est aussi une qualité. Le prochain maire du 3e aura deux années pour prendre ses marques.

Alors Thierry, je te dis merci. Merci pour ce chemin parcouru ensemble. Je te dois beaucoup, et je mesure la confiance que tu m’as faite en me déléguant la vie associative, dont tu dis souvent qu’elle est le ciment et la richesse de la cité. Je n’oublie pas non plus ce joli moment où tu as célébré mon mariage avec Claude quelques mois seulement après l’élection municipale de 2008, sous l’œil attendri de mes collègues, tous jeunes élu(e)s. Je l’avoue, tu resteras mon maire de cœur !
Il me faut maintenant passer à ma seconde motivation, plus personnelle, pour reprendre la plume, enfin le clavier... J’ai justement achevé ce travail d’écriture qui m’a occupée plusieurs mois durant et, si je suis encore dans la phase de relecture, j’ai toutefois retrouvé une certaine liberté d’esprit. Je dois reconnaitre que l’expérience m’a plu. Je l’ai même trouvée jubilatoire, à certains moments. S’agissant d’une fiction, sans connotation autobiographique, le principe de faire évoluer des personnages s’avère un exercice fort agréable, et surtout indolore ! Un jeu un brin régressif peut-être ? Mais y ayant pris goût, j’espère bien récidiver...

En attendant, je vous souhaite une belle année 2018, de nouveaux projets, et pourquoi pas de vous autoriser, vous aussi,  à faire un petit pas de côté, ou à prendre un nouveau souffle…C’est selon chacun(e) !

lundi 3 juillet 2017

Des nouvelles,

Le mois de juin s’est terminé, enfin, j’ose le dire…. Dans un courant de fraîcheur, baignant l’ensemble de la France. Un courant, somme toute bénéfique, après une semaine de canicule, alourdie par le climat politique, démissions en cascade, soupçons d’emplois fictifs et de favoritisme, qui auront contribué à faire monter la température d’un cran supplémentaire, et même à échauffer les esprits pour une histoire de cravate… La belle affaire ! Pendant ce temps-là, et derrière des apparences vestimentaires de bon aloi, les ordonnances se préparent : un « détricotage » du code du travail et des protections sociales sans précédent. Il parait que l’Amérique nous fait de l’œil, avec son modèle libéral. Ou bien, serait-ce le contraire ? On ne sait plus trop que penser, quoi écrire… A moins de goûter à  l’ivresse toute mesurée du fameux message en 140 signes.

Alors oui, le cœur et l’envie m’ont manqués ces derniers temps pour alimenter ce blog. J’en conviens. Mea culpa. En cause, une grande fatigue qui m’a saisie après des mois de campagne et de batailles d’égos, assommantes. Une fatigue physique mais aussi une lassitude morale face aux revirements, reniements, trahisons, dont les auteurs, pour certains, sont sortis vainqueurs, parfois promus, tandis que d’autres, loyaux à leurs engagements, ont été balayés par l’histoire. Provisoirement, car je ne crois pas à un monde sans attachement à des convictions et où l’opportunisme ferait loi. Notons simplement qu’à ce jour, l’exercice de l’autorité présidentielle, modèle de restauration du genre, se coulant à merveille dans le moule de la cinquième république, et dans les « habits de son cher monarque », peine à donner de l’élan au changement et au renouvellement des pratiques, tant attendu. Et le ciel de s’obscurcir… même sur les sommets jupitériens.

Mais il y a une raison, plus personnelle, qui m’a tenue éloignée de la rédaction de ces chroniques, initiées il y a trois ans déjà : l’ébauche d’un nouveau projet. Toujours en lien avec l’écriture, mais sous une forme différente, plus aboutie – même si les choses ne sont pas définitivement arrêtées. Une nouvelle, un court récit, un texte, assurément, où le temps comptera pour ce qu’il est : un personnage à part entière. Où les lieux seront imprégnés de l’esprit de ceux qui nous ont précédés sur place, en défricheurs, en visionnaires parfois. Si Simone Veil a traversé le vingtième siècle et ses abominations, et les a surmontés avec grandeur, c’est bien par son action qui continue à inspirer nos combats d’aujourd’hui, et ceux de demain. L’action sera donc aussi au rendez-vous… Mais qu’on ne s’y trompe pas, au-delà de cet hommage, ce n’est pas à la biographie de cette grande dame que je vais m’atteler pendant l’été. Il me faudrait pour cela plus d’une saison, et des qualités d’historienne hors pair. J’espère simplement, à la faveur des vacances toutes proches, avancer sereinement dans mon entreprise, avec sérieux mais aussi la fantaisie nécessaire. Deux ou trois pages d’écriture par jour, ce n’est pas une punition pour qui aime les mots et leur saveur prononcée. Plutôt une douce médecine.

Alors, vous l’aurez compris, mon absence sur cette page va devoir se prolonger. Pour les amis de Facebook, je prévois tout de même quelques cartes postales, des paysage avec du soleil dedans, des sourires, même depuis ma table de travail avec vue imprenable sur le chantier en cours du C3…  Et, pour changer de destination, de la poésie, à l’image de ces coquillages qui, posés tout contre l’oreille, nous restituent le murmure de la mer et de ses habitants, même lointains.

Tout comme la lumière des étoiles mortes éclaire nos nuits d’encre, et montre le chemin à qui veut bien le voir.

Voilà pour les nouvelles du ciel et d’ailleurs. Bel été à toutes et à tous ! 

mardi 18 avril 2017

De ces chansons qui nous ressemblent…

C’est une histoire banale. Un matin ordinaire, la radio allumée au réveil, ronron des voix familières, interrompu par les nouvelles du ciel. Et puis soudain, ce petit rien qui vous fait balancer, sourire aux lèvres. La musique fuse et infuse doucement, le tempo se met à vibrer au bout de vos doigts, jusqu’à battre la mesure en rythme. Le corps ondule tel un métronome, de droite à gauche, de gauche à droite. Inutile de résister au mouvement, le mal est fait. Vous savez que de cet air-là, vous ne pourrez plus vous en départir de la journée…

Cela tient à peu de choses. Un souvenir, une émotion ravivée, une rencontre, la vôtre et celle de la chanson, portée par une voix qui vous susurre à l’oreille : « C’est un beau roman, c’est une belle histoire… ». Annie Ernaux dans un de ses livres – Passion simple, souligne combien les chansons populaires, les «canzone», ont accompagné sa vie amoureuse, par vagues plus ou moins conquérantes. Dans ces romances, distillées au gré des ondes, elle dit avoir pu puiser, çà et là, les mots entrant en résonance avec son histoire. La mélodie prompte à cristalliser son humeur du moment, triste ou gaie, et à faire écho à ses sentiments, un peu, beaucoup, passionnément …

L’observateur amusé pourra voir dans ce balancier du cœur, une métaphore de la vie politique actuelle. En période électorale, dans les débats, les discours, la tentation est grande de chercher à séduire l’électorat plutôt que de parler à son intelligence. De privilégier la démagogie à la pédagogie. La parole politique peut alors reprendre à son compte ces aimables ritournelles où chacun, chacune d’entre nous pourra se reconnaitre, et in fine, se rassurer sur sa propre destinée. L’art et la manière de nous balader comme des midinettes, ne sachant plus sur quel pied danser... Mais donner la sérénade aux français n’a jamais fait un programme pour la France.  Et au refrain du « J’accuse », d’aucuns se seront même discrédités. Il ne suffit pas de convoquer Zola pour en avoir le talent et la légitimité.

Quant à ceux qui préfèrent user et abuser de Dutronc, et nous donner le change en retournant leur veste, c’est une vieille rengaine, un peu triste...

Fort heureusement, dans cette drôle de campagne, il reste encore quelques candidats sincères et crédibles, dont celui que je continue à soutenir pour sa vision du monde de demain et sa fidélité au projet socialiste. C’est Benoît Hamon et sa démarche positive, le vote utile aux hommes et aux femmes de ce pays, utile aux générations futures. Un candidat qui s’adresse à nous sans nous infliger de vieux couplets ou d’indigestes bruits de casseroles !


Pour finir en musique, et sans fausses notes, je veux saluer ici la performance de Rebecca Manzoni qui, chaque matin, dans « Pop and co » sur France Inter, nous livre les secrets d’une chanson de son choix. Une séquence de 4 minutes alliant la dissertation sur un texte et sa partition. De Brassens à Bob Dylan, en passant par Travolta en pleine « fièvre du samedi soir », la chroniqueuse se plait à décortiquer une playlist intemporelle, qui n’a d’égale que la fantaisie de son auteur. Quand le cœur, l’esprit et l’intelligence s’en mêlent, cela donne le meilleur. De ces chansons qui nous ressemblent et nous rassemblent aussi, l’instant d’une Javanaise. Loin du vénéneux chant des sirènes…

A écouter ou réécouter sur :  
 https://www.franceinter.fr/emissions/pop-co

mardi 7 mars 2017

En campagne avec Benoit Hamon

Il trace son chemin. Sans tambours ni trompettes, indifférent à la marche des médias qui lui préfèrent le cas Fillon et sa famille politique, aujourd’hui « grand corps malade », ou la nouveauté incarnée par Emmanuel Macron.

Des meetings dans les villes de province aux rencontres toutes simples avec les français. Ceux des métropoles comme ceux de la France périphérique ou rurale. Ne dédaignant pas les « Causeries au coin du feu », version On n’est pas couché, Benoit Hamon, c’est aussi le gars prêt à affronter tempêtes et vents mauvais. Pour un breton, quoi de plus naturel… Sa silhouette en caban noir, mèche rebelle et regard azur, n’est pas celle d’un candidat classique, tout comme son petit salut, la main sur le cœur. Bon, la normalité, on a déjà essayé avec François Hollande, et on sait combien en politique, plus qu’ailleurs, les beaux habits, comme les belles paroles, peuvent masquer l’inanité de l’être, « son insoutenable légèreté », voire son cynisme.

Il  n’est pas franchement « une grande gueule » Benoit Hamon, pardonnez-moi l’expression, ni un trublion, même s’il a été catalogué dans le camp dit des « frondeurs ». Aujourd’hui une force tranquille se dégage de l’homme. Il avance, sûr de ses idées. Son programme, il m’a plu, comme à la grande majorité des deux millions de français venus voter aux primaires. C’est qu’il a le mérite de poser les questions de fond concernant la société et l’avenir de la planète, cette terre que nous habitons tous, comme l’écrit si bien Christiane Taubira. Et ses propositions font mouche : de la santé-préservation de l’environnement à la raréfaction de l’emploi et du salariat. Je fais à dessein la différence entre l’emploi et le travail car de travail, certes nous n’en manquons pas, dans nos vies privées comme dans nos fonctions sociales, si nous voulons bien les exercer. Parents, bénévoles associatifs, citoyens engagés dans les processus de la démocratie participative, ou même élus locaux, de celles et ceux qui au quotidien donnent de leur temps, sans même percevoir d’indemnités en retour. 


Revenons-en au candidat du Parti Socialiste et d'Europe-Ecologie-LesVerts. Il n’a pas le gout de l’aventure personnelle mais des idées sur la vie en collectivité, ça, il n’en manque pas ! De l’éducation des plus jeunes, à l’attention à apporter au terme de toute existence. Plus qu’un droit à mourir dans la dignité, celui de choisir sa fin. Réaliste, il l’est à mon avis, car il prend acte des grandes révolutions du 21ème siècle, bénéfiques ou néfastes, et de leur impact sur notre quotidien. Taxer le travail les robots car il génère des gains de productivité, développer une agriculture plus respectueuse de l’environnement et des hommes qui produisent notre alimentation. Légiférer sur les perturbateurs endocriniens et les pesticides, cette chimie qui, à petites doses, a fini par envahir nos maisons et à polluer nos moindres faits et gestes, de notre banal gel douche au contenu de nos assiettes. Et que dire de l’air que nous respirons ? Sans généraliser l’usage de la voiture électrique, il faut bien avancer sur la question du diesel, des énergies fossiles, du nucléaire, programmer leur remplacement, bref avoir une vision assumée des défis écologiques. L’échéance est proche si l’on n’y prend garde… et comme le dit très justement Benoit Hamon, on ne négociera pas avec la planète ! Un mandat, c’est court et long à la fois. Elu président, il propose d’expérimenter le revenu universel d’existence pour les jeunes, soit les 18/25 ans. De passer à la sixième république, celle que tous les candidats de gauche appellent de leurs vœux, avec ou sans constituante. Une grande loi de moralisation de la vie politique, comme préconisé par le duo des centristes associés ? Elle sera incluse dans une nouvelle constitution. La société actuelle est bien différente de celle de De Gaulle et des nostalgiques de l’homme providentiel, du sauveur de la France. Alors, se doter d’autres institutions, plus participatives, n’est pas un crime de lèse-majesté, simplement une adaptation du système, plébiscitée par les citoyens. Loin du populisme ambiant et des dangers qu’il fait courir à la démocratie…

Il ne reste que sept semaines pour faire campagne, sept semaines pour faire battre le cœur de la France et, dans le sillage de Benoit Hamon, aller à la rencontre des habitants de notre beau pays. En attendant les premiers débats et le face à face entre les différents candidats, et leurs idées respectives - une confrontation nécessaire, je serai avec d’autres, sur le terrain, pour mener la bataille des idées.
Pour la France qui vient.😊




samedi 21 janvier 2017

A la Maison Pour Tous, on pousse les murs…

« Record de participation absolu ! » « Encore mieux que l’exercice précédent »  « Des adhérents fiers de leur Maison » «Un président en marche vers sa réélection ! » « Ambiance électrique jusque tard dans la nuit…»

Ces titres, vous ne les verrez pas dans vos quotidiens. Ils ne feront pas la une des journaux d’opinion, du soir ou du matin, encore moins la manchette des journaux à sensation. Et j’ajouterai, non sans malice, que les instituts de sondage n’avaient rien vu venir… Alors de quoi s’agit-il donc ? Certainement pas du résultat de l’élection du WE car, à l’instant où j’écris ce billet, rien n’est encore officiellement joué entre les sept prétendants à la Primaire de la Gauche et des Ecologistes. Sondeurs, sondés devront attendre le résultat des suffrages exprimés. Et pour le moment, les électeurs gardent la main. Verdict demain en fin de journée. Une journée que, pour ma part, je passerai dans un bureau de vote en tant que militante et élue socialiste, à accueillir les lyonnais qui ne manqueront pas de se présenter. En compagnie d’autres militants, de camarades. C’est un joli nom camarade, chantait Ferrat… Nous serons dans une de ces écoles de la République, vénérable et plus que centenaire, mais qui tient bon et, j’espère, nous tiendra chaud en ce mois de janvier glacial. Un dimanche d’élection qui en annonce d’autres, suivis de soirées électorales où experts en tous genres viendront nous expliquer comment on en est arrivés là. Des soirées qui m’en rappelleront de plus anciennes, celles où, encore enfant, j’assistais aux empoignades entre Georges Marchais et Jean-Pierre Elkabbach. La présence de ce dernier comme interviewer dans les débats des primaires, de droite et de gauche, m’a d’ailleurs bien amusée. JP, le retour !

Revenons-en à nos moutons. Enfin, à cet événement auquel j’ai assisté aujourd’hui, en direct, et au milieu de 350 autres personnes. Ce n’était pas un meeting, ou encore une cérémonie de vœux à la population, encore moins une soirée VIP. C’était, c’était… une assemblée générale. Une assemblée générale ordinaire, délivrant rapport moral, financier et rapport d’activité annuels d’une association d’éducation populaire. Une association forte de ses 3500 adhérents, sans compter les sympathisants. Une association avec une charte de valeurs partagées, des militants, des citoyens engagés. L’un d’entre eux manquait pourtant à l’appel en ce samedi 21 janvier 2017.  Subitement disparu. Alors, nous lui avons rendu un bel hommage en ouverture de séance, ses vieux copains en tête, passablement émus. Ceux avec lesquels il aimait ferrailler, à l’occasion. Pas face caméra bien sûr mais dans des débat néanmoins ardents et passionnés. Il ne connaîtra pas l’issue de l’élection présidentielle, ce militant qui, jusqu’à son dernier souffle, se sera consacré à l’écriture d’un livre sur les algériens dans les brigades internationales en Espagne. L’actualité politique l’intéressait et l’inquiétait aussi, confrontée au prisme de la réalité historique. Il ne connaîtra pas la suite, ni même le résultat des primaires. Pas sûr qu’un des candidats ait eu d’emblée sa faveur. Au jeu des sept familles, il aurait préféré rebattre les cartes et peut-être même renverser la table… mais sans détruire la maison. Le temps est assassin.

Je finirai simplement par les quelques mots que j’ai prononcés à la mémoire de Georges Gonzalez en clôture de mon intervention. Après avoir rappelé mon optimisme quant à l’avenir de la Maison Pour Tous des Rancy, et l’importance du soutien de la Ville de Lyon. Une maison dont l’extension verra le jour en 2018, sur son parvis, et qui, en attendant, n’hésite pas à investir l’espace environnant, les beaux jours revenus.  « Incroyables comestibles », « Rue de l’avenir, Rue aux enfants », festival des Rancy, les initiatives ne manquent pas. Une « Maison bleue » dont la devise pourrait bien être : « Une pour tous, tous pour une ! ». Proposition que je soumettrai peut-être au prochain conseil d’administration, avec la complicité d’Alexandre Dumas…

Pour Georges :
« C’était un homme de convictions, vous l’avez tous rappelé. Avec des racines profondément ancrées.  Le sud dans la voix. Son histoire personnelle, il en avait parlé dans un de ses livres, « Un pont sur la Méditerranée », un titre qui dit beaucoup sur la nécessité de relier les hommes les uns aux autres, en dépassant leurs différences, visibles ou invisibles. Construire des ponts, des passerelles, au lieu de murs, c’était aussi son engagement au service de l’éducation populaire et de la transmission de savoirs.


J’avais appris à connaitre Georges Gonzalez en travaillant au sein de votre conseil d’administration. Et puis, je le croisais parfois dans mon quartier, nous étions voisins, même si un arrondissement nous séparait… Enfin, juste une rue à traverser, rien du tout. Bagatelle au regard d’une ville de plus de 500 000 habitants. Ces rencontres impromptues étaient toujours l’occasion de conversations pleines d’humanité et de vie. C’est le souvenir de ces instants, précieux, que je garderai en mémoire. Longtemps. »

samedi 31 décembre 2016

Bonne Année

Noël 2016 s’est éloigné doucement. Rêves de papiers froissés et étoiles scintillantes dans la nuit vont bientôt céder la place à l’aube nouvelle. Comme au seuil de chaque année. Le grand ordonnancement de la vie sur terre, le passage des saisons, me direz-vous,  puisque la fête de Noël  c’est aussi la célébration du solstice d’hiver, de la renaissance de la lumière. La résolution d’un cycle. Certes, mais l’année à venir n’est en rien ordinaire. D’abord par ses enjeux politiques, avec des échéances électorales majeures dans notre pays. Ensuite, parce qu’elle s’inscrit dans la lignée du 7… Soit un chiffre considéré comme déterminant dans de nombreuses cultures, des peuples d’orient et d’occident, toutes croyances confondues. L’union des symboliques par excellence...  Chez les Dogons, sept représente la perfection humaine. Chez les Egyptiens, sept était le signe de la vie éternelle. Alors, quelques exemples pour illustrer ce chiffre clef, exemples empruntés  au quotidien comme au plus spectaculaire des éléments : les sept jours de la semaine, les sept collines de Rome et de Washington, les sept couleurs de l’arc en ciel, les sept merveilles du monde, les sept continents ou les sept océans figurés dans la couronne de la statue de la liberté, le 7ème art, James Bond l’invincible héros, également nommé 007… Si à ces « monuments », j’ajoute le chat et ses 7 vies présumées, vous voyez bien qu’il y a comme de la magie dans l’air, même si sept, c’est aussi l’âge de raison, d’une forme de sagesse. Pour les jeunes de 7 à 77 ans ?

On peut bien sûr faire fi des symboles dans nos vies modernes et laisser cela aux poètes et aux esprits imaginatifs. Estimer que l’interprétation des signes relève de l’oracle divin, ou encore de la diseuse de bonne aventure plongée dans sa boule de cristal. Hergé n’en comptait-il pas sept dans les  aventures de Tintin ? On  peut aussi se saisir de l’opportunité offerte par l’arrivée de 2017 pour changer de regard sur un monde, le nôtre, qui ne tourne pas toujours bien rond. Chausser des bottes de sept lieues pour aller voir ailleurs, comme l’ont fait Cyril Dion et Mélanie Laurent dans le film « Demain ». S’inspirer de leurs solutions, rapportées d’ici et là-bas, apprendre à partager les ressources de notre planète, tout en préservant ses richesses et sa beauté. Penser « après-demain ». Ouvrir nos chakras mentaux. Tiens, curieusement, là encore il y en a sept…

On peut également découvrir le dernier livre de Tristan Garcia, justement intitulé 7. Sept histoires, sans lien apparent les unes avec les autres, mais guidés par la main de leur auteur, le laisser nous  entrainer à sa suite, sur ses chemins fantastiques. 
Un extrait du récit intitulé "Hélicéénne" : 
« Il ne s’agit pas de voyager dans le temps, seulement de court-circuiter la mémoire. Ce n’est pas de la science-fiction. En réalité, tous les états d’un système connecté tel que l’ordinateur ou le cerveau persistent, pourtant ils sont ordonnés de manière que toutes nos versions aient le sentiment de ne faire qu’une : la dernière. C’est ce qu’on appelle le sentiment de l’identité personnelle (…) Chacun de nous est un peuple, un parlement, une petite démocratie. L’enfant, l’adolescent, l’adulte discutent dans notre tête. On habite à plusieurs sous notre peau, et on peut redevenir celui qu’on veut. Je crois que c’est à ça que sert l’hélicéenne. »

Et puis s’il faut revenir à la politique, impossible de ne pas évoquer les primaires citoyennes, celles de la gauche et des écologistes, en janvier. Parce que le débat d’idées continue d’intéresser les français et qu’ils sont largement favorables au principe des primaires, mais aussi, et là je suis certaine que vous me voyez venir…. les candidats à cette primaire sont au nombre de 7 ! Six hommes et une femme, de sensibilités différentes, mais animés d’une même envie de se confronter à la réalité du paysage politique. Il faut un certain panache pour se présenter ainsi aux suffrages, aux petits calculs qui ne manqueront pas de se faire jour à cette occasion. Et chacun de prendre la peine de tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler… Car, une nouvelle fois, nous ne sommes pas à l’abri d’une surprise quant au résultat final. Concernant l’élection présidentielle, son issue est tout aussi incertaine. Voir le Front National arriver aux portes du pouvoir ? Un des possibles et inquiétants scénario. « En marche » être la révélation de 2017 ? Une des hypothèses pour le futur quinquennat. L’union de la gauche revenir en force ? Quoiqu’il en soit, cette année encore, rester curieux du lendemain, de ce qu’il adviendra de nos vies et de notre potentielle emprise sur ce présent en devenir. Pour les nostalgiques  du septennat, il faudra attendre le passage éventuel à une sixième république, qui, espérons-le, ne prendra pas 7 ans de réflexion


Et pour finir en beauté sur cette planète que le Petit Prince découvrit un jour comme la septième de l’univers, bonne année à toutes et à tous ! Sept fois.

dimanche 4 décembre 2016

« Lyon à l’italienne »

Plus de 200 ! Ils étaient  nombreux à avoir fait le déplacement des quatre coins de la Métropole lyonnaise jusqu’à la mairie du 3ème arrondissement en ce premier vendredi du mois. Au dehors, un froid sec,  piquant, presque digne d’un  8 décembre... Une fois franchi le seuil du 215 rue Duguesclin, et grimpé l’escalier d’honneur, des tables jonchées de panettoni  invitaient chacun  à célébrer « Lyon à l’Italienne ».
Une initiative guidée par un élan de géné- rosité envers les sinistrés d’Ombrie : pour chaque panet- tone vendu, deux euros reversés à une association caritative.

Dans la salle Brouillard, les visiteurs s’installent, certains se saluant au passage, des habitués de la Maison des Italiens pour la plupart. Vous savez, cette maison de la rue du Dauphiné dont je ne me lasse pas de vous parler, de saison en saison … comme des racines qui nous unissent et ne demandent qu’à s’épanouir. .. 
Certains dans l’assemblée connaissent déjà le livre de Jean-Luc De Ochandiano  ou s’apprêtent à le découvrir traduit en langue ita- lienne. D’autres encore, passionnés par l’histoire de l’immigration à Lyon, et plus précisément  celle de la Guillotière, fameux lieu de brassage des cultures et des mémoires, ont simplement poussé la porte de la maison commune. Sans façons. Quoique d’horizons divers, les uns et les autres sont venus écouter Jean-Luc De Ochandiano raconter comment  les populations transalpines se sont sédentarisées au fil du temps et des différentes vagues d’arrivants. Il faut dire que notre conférencier maitrise son sujet : les Italiens à la Guillotière de 1850 à 1980. Alors, après quelques mots d’accueil à l’adresse du public, Jérôme Maleski et moi-même lui cédons bien volontiers la parole.

Au travers de termes  choisis, de photos d’ar- chives, d’anec- dotes,  les ima- ges du passé surgissent et revivent : ici, un musicien am- bulant accom- pagné de son « piffero » , sorte de petite flûte ; plus loin, l’artisan figuriste vendant ses statuettes au passant, ou encore le montreur d’ours. Une culture qui descend dans  la rue et nourrit l’imaginaire. Avant 1850, la Guillotière était encore un faubourg indépendant, la vie y était bien moins chère qu’ailleurs. Le logement abordable facilitait les mouvements de population, le plus souvent des saisonniers, des paysans et enfin l’arrivée des premiers ouvriers des Brotteaux. Mais l’endroit n’était pas très sûr et pas très fréquentable.

A partir de 1880, et le grand plan d’ur- banisation de La Presqu’île, d’autres géné- rations  d’ita- liens venus bâtir et embellir la ville, ouvrent  de petits commer-ces à la Guillotière, épiceries ou cafés. Des endroits  où il faisait bon se retrouver après le travail, et parler politique. Des entreprises du bâtiment s’y implantent  comme les établissements Denis Cerutti  au 5 rue Bonnefoi,  le siège actuel du Centre Social. Quelques réussites, même modestes. Pour autant, l’histoire de ces hommes ne fut jamais facile. Dans les périodes de tension économique et sociale, l’italien redevient  l’étranger, celui dont on se méfie et qu’on finit par chasser. Deux exemples frappants : à la fin du 19ème siècle, période de crise et de récession, on refuse aux italiens l’accès aux chantiers,  pour favoriser l’emploi d’ouvriers français. Ils deviennent de vulgaires « macaronis », et sous ce vocable méprisant des  victimes de la xénophobie ambiante.

Autre épisode marquant, le 24 juin 1894, avec l’assassinat du président Sadi Carnot, perpétré à Lyon par un anarchiste du nom de Santo Geronimo Caserio.  De l’auteur de ce geste, la foule en colère ne retiendra que l’origine, italienne. Plusieurs jours de représailles s’ensuivront, et la rive gauche du Rhône, en particulier la Guillotière et ses commerces, seront dévastés aux cris d’ « A bas l’Italie » ou « A l’eau les macaronis ». Des menaces à peine voilées... Entre les deux guerres, c’est le fascisme et Mussolini qui jetteront hors d’Italie les opposants au régime. A la Guillotière, ces réfugiés politiques, souvent des communistes,  animent la Maison du peuple, la Casa del popolo,  qui s’élevait en lieu et place de l’actuelle école Painlevé. Le 6ème congrès du PCI s’y tiendra clandestinement en  1926, en présence de Gramsci.

Une époque qui nous rappelle furieusement la nôtre, à la croi- sée des che- mins… Et qui ravive bien des souvenirs  à ceux dont le parcours familial et personnel rejoint celui des protagonistes de « Lyon à l’Italienne ». Beaucoup étaient prompts  à s’en émouvoir vendredi soir et à s’inquiéter de l’avenir de leurs enfants et petits-enfants. De la fin d’un monde. D’autant plus quand rôde en Europe le fantôme des années 30, et plane la menace du « non » à Mattéo Renzi lors du référendum  en Italie.

Alors, au moment de partager le verre de l’amitié, c’est le traditionnel « facciamo un brindisi » qui était sur toutes les lèvres, avec dans le rôle du chef de chœur Danilo Vezzio, l’infatigable défenseur de la Maison des Italiens de Lyon et de la fraternité entre les peuples. C’est d’ailleurs sur le rôle social des associations italiennes nées après la seconde guerre mondiale que la conférence s’est achevée.

Une prestation réussie pour Jean Luc De Ochandiano que je remercie de m’avoir genti- ment confié ses notes, très utiles pour la rédac- tion de cet article. Pour en savoir plus, il suffit de se référer au livre paru aux éditions Lieux Dits, et disponible en librairie. En prime, parce que cette histoire est aussi la mienne, celle d’une petite-fille d’immigré italien, comme un(e) lyonnais) sur quatre, voici ci-dessous les paroles du chant des brindisis. A accompagner d’un morceau de panettone, s’il en reste…  Et promis, on se retrouve prochainement  pour un nouvel épisode de la saga « Maison des Italiens » !

Alla salute dei nostri padri
Facciamo un brindisi
Facciamo un brindisi
Alla salute dei nostri padri
Facciamon un brindisi, … 
In socièta

A la santé de nos pères (de nos ancêtres)
Portons un toast
Portons un toast
A la santé de nos pères
Portons un toast...
en société (en bonne compagnie)