dimanche 31 juillet 2016

Retour à Groix


C’était il y a deux ans. Première escale. Découverte de l’insularité à la mode de Groix, au large de Lorient, ancien comptoir maritime de la Compagnie des Indes. Bleu de l’océan qui plonge dans le bleu du ciel. Ile(s) du Ponant, ile du sud Bretagne.
« Qui voit Groix, voit sa joie » disent les marins, dans leur grande sagesse. Alors forcément, l’envie d’y revenir, d’«amérir» en douceur, de se laisser porter au gré des éléments, à la faveur de l’été.
Oublier l’heure quand les jours semblent ne plus vouloir finir… De Pen Men à la Pointe des chats, huit kilomètres à parcourir à sa guise. 

« Dans cette époque un peu terrifiante, être breton, c’est rassurant. » confie le chanteur Christophe Miossec au magazine Bretons. Peut-être bien.
Fier d’être breton ? Sans doute. Et fiers d’être Bleus en ce dimanche 10 juillet, jour de la finale de l’Euro, certainement. L’équipe de France n’a pas soulevé le trophée de champion. Certes… Mais au fil de la compétition, elle a gagné une force, une légitimité, a montré du plaisir à jouer collectivement. A peine impressionnée face à l’Allemagne, éternelle favorite. Des valeurs qui au-delà du football rassemblent.

C’était rassurant dans cette drôle d’époque en mal de repères, en quête de héros. Grisant aussi. Comme une voile qui file en claquant sur un océan d’écume. Un pavillon tricolore fier d’arborer ses couleurs à la veille de la fête nationale, un peu ragaillardi par les évènements.
L’histoire s’est mal terminée, à Nice. Après Paris, scènes de terreur qui se répètent, allant crescendo dans l’horreur, l’âge des victimes. Sans oublier Saint -Etienne-du-Rouvray et la ville de Munich, frappée également au cœur de sa chair. Vague cruelle.

 « Etre breton, c’est rassurant » disait Miossec ? Et être ilien ? A l’abri des vents contraires, à bon port. Insulaire et solidaire. On se connait, on se reconnait comme avec ce couple d’amoureux croisé il y a deux ans.
Ils n’ont pas changé, à peine quelques rides aux coins des yeux pour lui, et de nouvelles lunettes pour elle. Des inséparables qui reviennent inlassablement sur le lieu de leur rencontre. 



Croulant sous les rangées de fleur, de simples penty s’y enivrent de couleurs et de parfums.  Bercés par la lumière changeante, hortensias, fuchsias, agapanthes rivalisent d’abondance. Même les micro-implantations florales le long des murets des maisons - à défaut de trottoirs citadins à orner- se font plus voluptueuses. Alors oui, tant de beauté, c’est rassurant dans ce monde un peu fou.
A l’image de cette Marie et les naufragés, venue s’échouer aux  Grands sables au printemps dernier. Une fable ciné-matographique, un conte sur la tempête qui règne dans le cœur des uns et l’esprit des autres, et pour tous l’apaise-ment retrouvé sur ce bout de terre, ce « caillou » comme le sur-nomment les Groisillons. Parfait pour mieux repartir dans la vie. Aguerris.

Des personnages qui nous aident à grandir. On en a toujours besoin, à tout âge. A condition, comme le souligne Boris Cyrulnik dans son dernier essai, Ivres paradis, bonheurs héroïques, de les choisir du bon côté. Des héros positifs, rayonnants malgré leurs imperfections. La littérature et l’histoire en proposent de merveilleux exemples.

Prenez ceux d’Erick Orsenna, d’ «indécrottables» idéalistes. L’auteur s’en amuse tout en sachant que cette attitude est la seule qui vaille. Sans idéal, sans espoir d’une vie meilleure, point de salut… C’est d’ailleurs un grand amateur d’iles l’ami Orsenna. Son point d’ancrage est à Bréhat mais son bateau a été vu au port de Groix la semaine dernière. Au grand dam de la libraire, il n’est pas même monté jusqu’au bourg.
Pourtant, elle a tous ses livres en rayon et à L’Ecume on aurait été fiers d’accueillir l’illustre voyageur… Rendez-vous manqué pour cette fois…  Il y a en aura d’autres, des bateaux et des passagers, célèbres ou visiteurs anonymes, dont les pas se suivent et se ressemblent.


Alors, un dernier verre de Breizhcola ou d’Ice tea du Phare ouest - vive l’humour breton- avant de penser au retour. Du bateau, l’ile s’éloigne déjà. On distingue encore, sur la côte orientale, les contours de la plage des Grands sables, longue dune blanche qui s’avance dans l’océan. Plage convexe, courbe inversée. Des sables dominants dont l’unique concession est de se laisser mouvoir au fil du temps. Plusieurs mètres par an, inexorablement. 
Une plage vagabonde. Le plus amusant dans tout cela est que le village de vacances, à l’origine construit en surplomb de la plage, se retrouve aujourd’hui en décalage permanent… Heureusement, à l’autre pointe, la plage des sables rouges dont les roches aux éclats de grenat ont donné son nom à l’ile, Enez Groe en breton,  lui tend les bras.

Une curiosité géologique et un pied de nez géographique, ce qui n’est pas fait pour déplaire aux habitants, des gens soucieux de la préservation de leur ile des promoteurs  et des opportunistes de tout bord. Vivre là au présent ou au long cours, ça se mérite …


Un vol de mouette souligne, rieur, la ligne d’horizon. La surface de l’eau se ride de sillons argentés. Un ban de sardines peut-être ? ? Lorient est au bout de la course. Du fond de mon sac, un objet oublié refait surface, un bracelet montre. Je le glisse à mon poignet. Il est l’heure maintenant.

dimanche 26 juin 2016

Avec le ballon rond, on connait la chanson…


Alors, si j’y allais de mon couplet…

Médiatique, mercantile, décrié et idolâtré à la fois, proie favorite des hooligans et bûcher des vanités, le football cumule les superlatifs en tout genre, pour le meilleur et pour le pire. Il n’en reste pas moins éminemment populaire, sait à coup sûr faire vibrer les cœurs et pas seulement au moment d’entonner les hymnes nationaux… Peu de sports ont ce pouvoir-là. Drapeaux peints sur le visage, emperruqués, les supporters s’affichent aux couleurs de leur pays. Tant que la rivalité n’attise pas les rancœurs nationalistes à proximité des stades, tout va bien. D’ailleurs, ces bagarres de rue, savamment orchestrées par des esprits très éloignés de la pratique et de la compétition sportive, sont plus un avatar du climat ambiant que  la « loi du foot ». 

Les nombreux supporters croisés dans les rues de Lyon la semaine dernière n’appartenaient heureusement pas à cette catégorie.  Allure de touriste bon enfant, pacifiques appareils photo en bandoulière, nez en l’air, se baladant entre averses et éclaircies car le temps n’était pas vraiment de la partie… Mais les supporters de l’Irlande du Nord sont habitués aux sautes d’humeur de la météo. Depuis, l’été et la chaleur se sont imposés à Lyon, et d’autres partisans sont venus encourager  leur équipe favorite, nos amis portugais en tête.

A les voir déambuler ainsi, je me suis posée la question de savoir ce qui différenciait un supporter made in 2016 d’un supporter des décennies précédentes. Et si au refrain du « c’était mieux avant », on pouvait s’essayer sans risque. J’ai  ainsi dû piocher dans mes propres souvenirs et revivre en pensée l’époque où un certain Michel Platini faisait ses débuts à l’AS Nancy Lorraine, sous le maillot orné de l’emblématique chardon « Qui s’y frotte, s’y pique ». Jeune garde montante de l’équipe, évoluant en duo avec Olivier Rouyer, il jouait déjà son avenir.  Petite anecdote au passage : ma prof de français d’alors, invitée à une réception à l’hôtel de ville en présence des joueurs de l’ASNL, avait rapporté à tous ses élèves des photos dédicacées des deux stars locales. Une vraie fan cette Evelyne ! Oui, elle s’appelait Evelyne ma prof, et vivait encore chez ses parents … Il n’y a pas de prédestination à la condition de fan, toutes origines confondues, d’ici et d’ailleurs, dans la mêlée filles, garçons, jeunes, vieux, répondant au nom d’Abdel, de Vincent, de Marco, de Thierry, de Louiza, de François, tous solidaires et unis  vers un même but, la victoire de leurs champions.

Séquence plutôt amusante à revisiter même si, à quinze ans, je n’étais pas une grande supportrice. Mes héros à moi étaient plus à chercher du côté de la musique. Les footeux à la maison, c’étaient les hommes, père, grand-père et oncle paternel. Et impossible de regarder autre chose à la télé un soir de match, surtout quand les bleus jouaient. Là, je m’arrête un instant pour lever toute ambiguïté car sous l’égide de « bleus » il y avait bien deux équipes de nationalité différente : l’équipe de France et la squadra azzura… La soirée la plus cruelle étant celle où les deux camps s’affrontaient sous les yeux de leurs supporters meurtris, coupés en deux, crucifiés … Et croyez-le, dans ce cas de figure, le spectacle était autant dans la lucarne que de l’autre côté de l’écran…

Quand Michel Platini, après une carrière chez les Verts, s’est envolé pour la Juventus, remportant au passage tous les trophées et toutes les consécrations possibles, le fils d’Aldo et d’Anna  réussit à faire vibrer plus encore le cœur de tous ceux qui avaient  la France et l’Italie en partage. Devenu Platoche, surnommé « le roi Michel » par nos cousins transalpins, immortalisé en milieu de terrain offensif, trois fois « Ballon d’or », le capitaine des bleus  fût un joueur d’exception. Même s’il est aujourd’hui  éclaboussé par une affaire de pot de vin au sein de la FIFA, il reste ce « numéro 10 », qui aura fait rêver des générations d’amateur de ballon rond. Des « tifosi »avertis de la tête aux pieds, et fiers d’être européens car des pays du Sud, l’Italie a bien été le premier à rallier l’Union Européenne, aux côtés de la France.  Et à prendre sa place dans l’histoire. Quoique critique, Beppe Grillo, auréolé de ses derniers succès électoraux, se déclare un partisan du maintien de l’Italie dans l’Union. Mais à quel prix ? Reste à voir comment  les tenants de la ligue du nord, toujours fermement opposés à l’accueil des migrants, tenteront de légitimiser leurs positions suite au Brexit. A l’instar d’autres populistes.

Retour au foot,  et clin d’œil final à Michel Platini : maintenu dans l’ombre de cet Euro 2016, il est né un 21 juin, en plein solstice d’été. De l’ombre à la lumière. ..  Avec quelques jours  de retard, bel anniversaire à lui et allez les bleus ! 

dimanche 5 juin 2016

Service civique « nouvelle donne »

C’est d’abord une affaire de langage, de vocabulaire où chaque mot choisi et utilisé a du sens : volontariat, mission, tutorat. Et puis, une histoire de personnes engagées, de cadre de vie et de règles à respecter, de codes vestimentaires. Tiens, tiens, cela rappellera à certains l’esprit du fameux service militaire… A sa différence pourtant, le service civique fait appel à des volontaires, des jeunes gens, garçons et filles confondus, désireux de s’engager dans une mission d’intérêt général. La limite d’âge ? 25 ans, 30 ans pour les jeunes porteurs de handicap. En 6 ans, près de 130 000 jeunes ont déjà effectué une mission de 6 à 12 mois dans une collectivité locale, un ministère ou une association, sous la responsabilité d’un tuteur. Et l’objectif est d’accueillir, d’ici à 2020, la moitié d’une classe d’âge, soit environ 350 000 jeunes, avec un budget dédié d’un milliard d’euros.

Pour valoriser ce dispositif, nous avons organisé cette semaine en mairie une rencontre entre des représentants d’associations implantées localement ou organisées en fédération, et Unis-Cité, partenaire de l’Agence du Service Civique. Témoignages de jeunes volontaires sur leur mission en cours, éclairage sur les formalités d’agrément pour les associations, et au dire des participants, des échanges nourris et constructifs. Mission réussie ? Oui, si l’on considère ainsi  le rôle des élus de proximité : faire se rencontrer des idées, des envies, des énergies, afin de nourrir petits et grands projets. Et bâtir, au quotidien, pas à pas, une société plus unie et fraternelle.

Outre l’accroissement progressif du nombre de bénéficiaires parmi les candidats, le service civique a pour ambition d’accompagner les jeunes des quartiers inscrits en géographie prioritaire. De redonner à chacun confiance en ses capacités, et dans l’avenir, en luttant notamment contre le décrochage scolaire. A l’image de ce qui avait été initié en 2015 avec les « Ambassadeurs du livres » et la centaine de jeunes volontaires déployés par l’association de la fondation étudiante pour la ville (AFEV) dans les écoles lyonnaises.

« Etre utile aux autres et être utile à soi », une phrase qui résume bien la philosophie du service civique « nouvelle donne ». Et comme l’a rappelé lundi dernier, Philippe Tiberghien, le président d’honneur d’Unis-Cité Rhône-Alpes, - titre auquel je devrais sans doute ajouter l’Auvergne  - une mission de service civique n’est pas un emploi précaire. Elle ne se substitue pas non plus au travail d’un salarié mais doit être le fruit d’un projet mûrement réfléchi, à la fois pour le jeune accueilli et pour son tuteur. Gage de réussite, cette réciprocité dans l’engagement est aussi un moteur.

Tous vêtus d’un emblématique tee-shirt orange, et forts de la diversité de leurs origines et de leurs parcours, voilà donc la signature des volontaires d’Unis-Cité. Des jeunes qui, jour après jour, vivent une aventure humaine mise en musique par des professionnels du service civique. Côté associations, la possibilité de recevoir un agrément collectif est une bien jolie manière de se rassembler autour d’un projet culturel, sportif, en lien avec l’écologie ou encore la santé. Un objectif de mutualisation et un esprit de dialogue que je poursuis toujours au travers des Rencontres de la vie associative et citoyenne. J’attends d’ailleurs de voir qui les premiers répondront à l’appel…

Alors, une adresse pour celles et ceux qui veulent se lancer : l’antenne locale d’Unis-Cité dont le siège est historiquement installé au 293 de la rue André Philip, http://www.uniscité.fr/antenne/rhone. Car il faut bien le rappeler c’est ici, à Lyon 3ème, qu’a été fondée la première délégation régionale d’Unis-Cité en 1998. Une association pionnière pour une ville pionnière. ;-)

dimanche 22 mai 2016

Baccalauréat, monopoly et cadavres exquis…

La première fois où j’ai vu, de mes yeux vu,  les jeux s’inviter massivement dans les programmes télé, c’était en Italie. « Canale cinque », sous l’impulsion de Silvio Berlusconi, perpétuait à la perfection la tradition romaine : du pain et des jeux, d’autant que les émissions  se regardaient en famille, à l’heure des repas, tout en faisant grand bruit. Dans le genre, je préfère nettement Fellini Roma et ses fameuses tablées à ciel ouvert … A cette époque, les années 80, la France dinait encore des restes d’Interville, importé dès 1962 par Guy Lux sur le modèle de l’émission Campanile. En y ajoutant, of course,  les cultissimes vachettes landaises. Et Tournez manège avait à peine fait son apparition sur les plateaux, dessinant au passage une nouvelle carte du tendre.

Que dire aujourd’hui de la majorité des jeux télé hyper formatés qui se concurrencent à longueur d’antenne, et dont l’activité préférée  est de faire la chasse à l’audimat, et donc au téléspectateur… Peut-être ne suis-je pas bon public ? Même si je reconnais à Nagui un certain talent pour faire chanter ses invités…  Sans être non plus une fervente adepte des jeux vidéo,  et c’est un euphémisme,  je sais combien ces derniers ont fait de beaux progrès en matière de graphisme, mais aussi de densité psychologique et de complexité des personnages.  Vive la réalité augmentée… Plus facile de s’y identifier ainsi ? Sans doute.

Mais la vraie nouveauté dans le domaine des jeux, celle qui nous renvoie aux origines du jeu, du « divertimento », c’est la temporalité retrouvée. Jouer ensemble, en réseaux, par équipe, entre copains, en famille, c’est recréer ce climat qui dès l’enfance nous a fait découvrir le plaisir d’apprendre en jouant. Apprendre sur soi, apprendre des autres, jeux de rôles, double jeu. Apprendre à perdre aussi...  Perdre la partie sans perdre la face, sans perdre le contrôle, rester maître des apparences, tout un art. Respecter les règles. Renouer avec le B.A.B.A du  vivre ensemble ? On parle bien de jeux de société et de communauté de joueurs, « communauté inclusive » au demeurant. Il me revient cette chanson qui confronte la vie à une partie de flipper, une vie perdue en jeux de hasard, où l’homme s’égare à la recherche d’un bonus, sésame absolu  pour tout recommencer, repartir de zéro après le pourtant fatal « game over ». Pas si simple dans la vie réelle où le Go est plutôt l’apanage des sages !

Alors jouons…  Intriguée par le concept, et encouragée par mes proches, j’en suis  venue à essayer une des dernières formules en vogue : l’escape game. Le principe étant de ne pas dévoiler les secrets  du lieu, répondant d’ailleurs au nom d’Enigmatic, je dirai simplement  que l’heure passée à résoudre le mystère de la disparition de Miss Donovan m’a parue bien courte.  Après la découverte  d’un appartement du Londres des années 1850, à la fois cosy et inquiétant, pouvant aussi bien préfigurer celui du Parfum de la dame en noir, on est happé par la recherche d’indices à décrypter… Concentration et  concertation obligées  car ici on joue en équipe, de trois à cinq personnes, et rien de virtuel dans cette aventure-là…  

Autre expérience à tenter, l’immersion dans le jeu durant un week-end entier à l’occasion, pourquoi pas, du Printemps du jeu. Cela se passe justement à Lyon…  Avis à tous, « addict » ou néophytes,  et même aux plus « geek »,  la Team d’ Eludd vous a concocté un festin ! Rendez-vous dès le 22 mai à la MJC Montchat, puis le 31 mai, et les samedi 11 et dimanche 12 juin pour les Rencontres ludiques de Lyon. Temps de découverte, d’initiation, avant-premières, mais aussi  tournois, espaces récréatifs, festifs, seront proposés au public. Cultiver le lien social et intergénérationnel, ou tout simplement le plaisir de s’amuser, les raisons ne manquent pas de se rendre à ces Journées  dont ce sera la première édition à Lyon. Final prévu le samedi 9 juillet !
Je ne sais pas si l’on pourra s’y adonner au jeu dit des « cadavres exquis », et ainsi redonner vie à l’esprit cher au mouvement surréaliste…  En l’occurrence, une simple feuille de papier et un crayon suffisent pour retrouver cette écriture un brin déjantée…

Le jeu, une manière tendance de recomposer le monde sur un échiquier aux influences drôlement éclectiques !

mercredi 27 avril 2016

Bleu, Blanc, Rouge, Kieslovski…

Jour d’avril gris et tourmenté. Ciel changeant. « En avril, ne te découvre pas d’un fil !» N’empêche, même avertie, pas l’envie de remettre le nez dehors, ni d’aller boire un verre en terrasse… A la fenêtre d’en face, un drapeau tricolore s’agite. Malmené par les bourrasques, il tient bon néanmoins, et depuis plusieurs mois déjà. Ses couleurs sont un peu délavées. Au fil des jours, je me suis habituée à le voir flotter dans l’air, figure familière, alors que je ne connais pas encore les habitants de cet appartement, mes voisins d’en face, de l’autre côté du cours, côté 6ème...
Si aujourd’hui le drapeau français a le vent en poupe, il n’y a pas si longtemps  les propos de Ségolène Royal sur la question du patriotisme faisaient sourire. Bon, c’était la campagne de 2007 et la France n’était pas prête... Pas en guerre non plus, en tous cas pas sur son sol, car comme le disait très justement Jacques Prévert : « La paix, c’est de la guerre ailleurs». Dont acte.

Les temps ont changé et le bleu/blanc/rouge est devenu incontournable. Précurseur, le cinéaste Kristof Kieslovski en avait fait le sujet de sa trilogie, en revisitant la devise républicaine : liberté, égalité, fraternité.
Plus, d'ailleurs,  pour en souligner les paradoxes que pour l’encenser. Peu importe, le talent permet beaucoup. Et la beauté des images fascine. Bleu m’avait plu. Juliette Binoche, bousculée par la vie, inoubliable dans sa volonté de se libérer des liens du passé.
Rouge en est le bouquet final. L’héroïne, c’est un peu Marianne sur les barricades… de l’indifférence. A coup de ténacité, elle réussit le pari de réveiller les consciences, celle d’un juge à la retraite, mais aussi celle du spectateur, du citoyen assoupi dans son fauteuil. A force de regarder une vieille dame essayer, de film en film, de pousser une bouteille vide dans le silo à verre, il applaudit le geste fraternel d’Irène Jacob venant finalement à son secours. Comme il applaudit  le film testament du cinéaste...

Que ferait aujourd’hui Kieslovski de notre frilosité à accueillir les réfugiés venus de Syrie ?
Le cinéaste aurait aussi bien pu se gausser de la polémique sur la déchéance de nationalité. A quoi bon ce drapeau brandi s’il n’est que le reflet du nationalisme et non de nos valeurs républicaines…
Il est vrai que dans son pays d’origine, la Pologne, on érige des murs, des murs qui rejettent, des murs qui enferment. Alors, venir nous donner des leçons à nous citoyens français, enfants de la révolution, chantres de la Déclaration des Droits de l’Homme, et tenants de la flamme avec « Les nuits Debout » …Un comble diront certains, prêts à lâcher les chiens sur l’arrogant ! De l’art, puisqu’on vous dit que c’est de l’art, de celui qui ne connait pas de frontières, voyageur sans papiers, qui pose parfois ses valises dans les festivals. On lui donne des prix, reconnus à l’international, mais c’est du cinéma, pas la vraie vie qu’on récompense. Pour autant, le cinéma nous tend un miroir, déformant ou pas, miroir d’un monde vu comme un champ de bataille d’où surgit parfois une embellie, un regain d’humanité au travers d’un regard, d’un mouvement de caméra, d’un beau geste …

Emportée dans mon élan, j’en ai oublié la couleur du milieu, le blanc, tempérance en trompe l’œil, métaphore grinçante de l’égalité. Bien insuffisante pour s’en draper…
Le film m’avait moins plu. Histoire d’un mariage qui tourne court et d’une vengeance orchestrée à distance par l’amoureux éconduit.

Fin de la parenthèse cinéphile et retour à la réalité, au terrain… Avec l’Euro en juin, et ses six match joués à Lyon au Stade des lumières, le drapeau tricolore à la fenêtre d’en face a encore de beaux jours devant lui… Peut-être même verrais-je fleurir la bannière étoilée du drapeau européen pour la circonstance ? Il faut bien poursuivre le rêve malgré les controverses, la menace de brexit et tout ce qui vient contrarier notre envie d’une Europe unie et fraternelle. Envie, je devrais dire besoin quand le résultat des dernières élections en Autriche nous replonge dans les heures les plus sombres de l’histoire européenne. Et puis, quoiqu’il en soit, le 9 mai beaucoup de pays fêteront la naissance de l’Europe, celle de la déclaration Schuman du 9 mai 1950, celle des origines…

J’en finirai avec ces quelques mots de Robert Schuman : La paix mondiale ne saurait être sauvegardée sans des efforts créateurs à la mesure des dangers qui la menacent.

En attendant de l’Union européenne, une renaissance ?


dimanche 10 avril 2016

Du port du voile,

Bon, je ne pensais pas un jour écrire un billet sur le sujet. Tout le monde s’écharpe déjà à ce propos et comme le dit justement mon camarade Romain Blachier, il y a d’autres problèmes à régler dans la société française…  Mais l’autre matin, en entendant  un animateur de la matinale de France Inter- animateur que j’apprécie par ailleurs - interviewer la Ministre de la Famille, je me suis sentie obligée de réagir… Pas à propos de cette loi fraichement votée pour pénaliser les clients de la prostitution, mais sur la manière de traiter à la légère la question du port du voile. Franchement, Patrick Cohen  je vous ai trouvé un peu désinvolte, voire un tantinet réducteur face à une femme, ministre ou pas, qui défendait des positions de femme et de citoyenne engagée.
Oui, osons le dire, le voile intégral peut être un outil d’asservissement. Le moyen le plus sûr de faire disparaitre le corps des femmes derrière des pans  de conservatisme. Comme l’a justement rappelé  Laurence Rossignol, on commence par cacher le corps qui, selon un dogme édicté il y a des siècles,  ne doit pas apparaitre dénudé dans la sphère publique, et  petit à petit on finit par enfermer toute la personne derrière des murs, fut-ce ceux de la maison. On efface tout bonnement sa  présence des lieux publics, ou alors en la tolérant à des heures réservées. Procès d’intention ??
Nos grands-mères ne se sont pas battues pour rien en revendiquant et en obtenant le droit de disposer librement de leur corps et de l’afficher fièrement. D’autres dans le monde se battent encore. Trop facile de minimiser tout risque de régression de notre société. Faut-il encore et toujours citer Simone de Beauvoir : N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes toute votre vie.

J’avoue qu’aujourd’hui  croiser  dans la rue des femmes entièrement voilées  me plonge dans la perplexité… Très éloigné des mille et une nuits de Shéhérazade ou d’un orientalisme aux multiples couleurs et parfums  à l’image des saris des femmes indiennes, plus qu’un simple foulard sur les cheveux, comme des générations  ont pu en porter  sous le nom de fichu, plus qu’une simple tradition ou un signe d’interculturalité, le voile actuel ne me semble décidément pas un objet banal et anodin. Une longue robe noire ou grise masquant la quasi-totalité du corps et de la tête, de fait ne passe pas inaperçue…
Certes, le corps féminin est savamment  instrumentalisé par les publicitaires. Constat récurrent mais toujours choquant d’une utilisation de la beauté à des fins purement marketing. Certes, certaines femmes, en particulier des jeunes filles en mal d’identité et de repères, peuvent en réaction avoir envie de se réfugier derrière une couverture, au nom de la religion ou pas.  Et il y a bien de quoi se perdre dans cette forêt d’injonctions contradictoires qui peuple notre société…  Vouloir s’émanciper des diktats  est une bonne chose.  A condition de ne pas être récupéré...  C’est à ce titre très intéressant de voir que de  grandes enseignes   s’engouffrent dans ce nouveau marché qu’est  la mode islamique. La bonne aubaine que voilà, trop belle pour la laisser filer et au diable toute considération sur le fond.

 La liberté de s’habiller selon son choix  est un droit, et loin de moi l’idée de le remettre en cause, ou de m’affranchir du corollaire de la laïcité : la liberté des cultes.  Mais alors que le port du pantalon a été à une époque le moyen d’assumer  l’égalité vestimentaire  entre les hommes et les femmes, sans pour autant « gommer » leurs différences, le port du voile uniforme est plutôt en train de fracturer les relations entre les sexes, et entre les citoyens. C’est  bien dommage quand nous avons tant besoin d’apaisement. Comme il est finalement dommage que le Ministère des droits des femmes soit placé après celui de la famille et de  l’enfance. Affaire de symbole peut-être mais pour ma part je ne suis pas insensible aux symboles, et à leurs représentations, dans la sphère publique et sociale comme dans la vie privée. Au-delà des apparences et du voile qui peut parfois les recouvrir.

jeudi 31 mars 2016

Ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain …

On en a souvent vu dans les vieux albums de famille, de ces photos d’enfants posant sagement assis sur les genoux de leurs parents, yeux écarquillés face à l’objectif, ou plus curieusement allongés sur des fourrures ou autres peaux de bêtes. La publicité, jamais en reste, a su faire son miel de ces bébés cadum d’un jour…
Question d’époque et de regard sur un âge qui au-delà des clichés semble baigner dans l’angélisme et la béatitude. Le bonheur d’être au monde.
Pour autant, comme nous l’a bien rappelé Dolto, l’enfant est une personne. Une personne à part entière, sans le pouvoir de la parole certes, mais avec des droits et une dignité à respecter.

En prenant mes fonctions d’élue à la petite enfance, j’avoue ne pas avoir tout de suite approfondi cette dimension là. Pétrie des poèmes de Victor Hugo louant les rondes enfantines et leurs verts paradis, ou scandant les misères de Cosette et des siens, j’aurais pourtant dû me lancer derechef dans la lecture de la convention des droits de l’enfant, signée à New York le 20 novembre 1989. Mon premier mouvement a été plus prosaïquement dirigé vers les commissions d’attribution de places en crèche, dont la réputation d’instance hautement chronophage, était parvenue jusqu’à mes oreilles. Pour tout vous dire, je voyais déjà planer au-dessus de ma tête l’image terrifiante de l’autre Cronos, alias Saturne, la divinité romaine dévorant ses enfants. En l’occurrence, l’enfant cela risquait  d’être moi …

Un an après, force est de constater que j’ai survécu … Tout en ayant beaucoup   appris. Un premier bilan pour souligner que non, décidément, la vie d’élu(e) n’est pas un long fleuve tranquille, mais une remise en cause régulière des acquis et des compétences. Alors voilà, je partage ici ma récente expérience.
A la Ville de Lyon, si l’on règle les questions pratiques liées à la vie dans les crèches municipales, c’est en gardant toujours à l’esprit le projet éducatif et social de la ville : la mixité, la lutte contre les stéréotypes, bref les premiers pas dans l’apprentissage du vivre ensemble.
Même volonté à la mairie d’arrondissement, porte d’entrée pour des parents confrontés à une situation potentiellement anxiogène : confier leur enfant, ce tout-petit  « prunelle de leurs yeux » à des personnes inconnues ...
Il s’agit alors de les conseiller, de les rassurer dans leur inquiétude de parent, toute légitime au moment d’envisager une première séparation. La micro crèche ou la crèche familiale ? L’accueil collectif, individuel ou mixte ? Que choisir ? Vers qui aller ? Une mission délicate et essentielle menée à bien par les agents du service référent, notre fameux point accueil et information petite enfance, qui répond très justement à son appellation de « deuxième génération » !

Pour mieux comprendre comment se décline cette politique au quotidien, il faut  se familiariser avec le terrain, visiter les crèches, aussi appelées établissements d’accueil du jeune enfant, des lieux que j’ai moi-même découverts en néophyte. J’ai commencé par la plus grande de toutes, située rue André Philip, la crèche Boileau. Tant qu’à faire, autant s’immerger totalement ! Un grand bain iodé, d’autant plus que les différentes sections répondent aux jolis noms d’Ouessant, Belle Ile, les Mouettes et les Dauphins et sont doucement éclairées par Le Phare des parents, le blog conçu par et pour les familles.
Quatre vingt dix berceaux, deux directrices, une armée de puéricultrices, des dortoirs, coins jeux, bibliothèque, biberonneries, au cœur d’un environnement agréable à vivre pour les enfants comme pour les professionnels.
Avec une cuisine préparée sur place, je pouvais presque sentir flotter le parfum de la purée maison lors de cette première visite.

Dans les crèches associatives, même constat avec ici ou là des projets éducatifs innovants, souvent inspirés de la méthode Montessori, mettant l’accent sur l’autonomie des tout petits, l’expérimentation plutôt que l’exemple à suivre.
Ou encore l’organisation en mode fratrie, tous âges confondus, pour développer des liens solidaires entre les enfants. Le maître mot de ces pédagogies restant la confiance, confiance réciproque sans laquelle il n’y a pas d’apprentissage durable et heureux.

Dans mon parcours initiatique, j’ai souvent rencontré mes collègues en réunions de travail. Rien que des femmes, car dans ce domaine peu d’hommes aux manettes. On peut le regretter. On peut aussi essayer de changer la perception d’une délégation connotée « layette et couches-culottes ». Vision restreinte car la petite enfance est une compétence très en phase avec les enjeux actuels comme l’insertion socio-économique des familles, la place des femmes dans le monde du travail et l’égalité des chances, notamment dans les quartiers classés en géographie prioritaire. Tout commence au berceau ou presque !

Et puis, parmi les acteurs de la petite enfance, j’ai retrouvé quelques associations avec lesquelles je travaillais déjà mais cette fois-ci sous un jour nouveau. Une façon de faire le lien entre mes différentes délégations dont la vie associative reste le fil rouge. Comme un cordon ombilical …

C’est aujourd’hui avec plaisir que je vois arriver les familles avec poussettes lors des soirées d’accueil des nouveaux arrivants en mairie. Certes, tout n’est pas parfait. On peut encore mieux faire en terme de création de berceaux ou de mise en relation des parents avec les assistantes maternelles de leur quartier. Des projets sont en cours … Bientôt 100 000 habitants dans le 3ème, alors cela en fait des bébés nés ou à naître. Une raison supplémentaire de rester optimiste quant à la dynamique de l’arrondissement et de voir l’avenir en rose … En toute objectivité !

Ce billet est aussi l’occasion de remercier Thierry Philip de m’avoir confié cette responsabilité, lui qui connaît bien les rouages de la petite enfance.

« Il reste toujours quelque chose de l’enfance, toujours… » disait Marguerite Duras.

A nous de lui laisser de la place pour s’épanouir, dans nos cœurs, et dans nos villes…