mercredi 30 septembre 2015

Sans Léa Seydoux…

Voilà, il est terminé ce film dont on m’a tant parlé. Je dis « on » à défaut de citer son auteur, qui n’est autre que l’homme partageant ma vie. Je pourrais dire que je suis la femme partageant la sienne, de vie. Car il s’agit aussi de cela dans « De quoi Elsa est-elle le nom ? ». Une affaire de rôles…

Présenté dans le cadre de la Quinzaine pour l’égalité Femmes-Hommes, il est un hommage à la romancière, la résistante, la créatrice aux multiples talents, et épouse de Louis Andrieux plus célèbre sous le nom d’Aragon. 

Quand l’idée du film a germé, les événements autour d’Elsa Triolet n’avaient pas encore pris place à Montchat. Pourtant le projet se dessinait déjà avec l’idée d’aller au-delà de l’image d’Elsa, des « yeux d’Elsa » la muse, et d’atteindre la femme, parfois dissimulée derrière ses personnages. Par le biais de la fiction documentée, l’objectif est je crois atteint. De regards croisés en rêveries fiévreuses, Elsa revit, avec ses doutes et ses espoirs, si proche de nous.

Elle qui disait « Je suis pessimiste par l’intelligence et optimiste par la volonté » semble nous parler de notre époque, encore et toujours. J’ai d’ailleurs envie de la faire mienne cette phrase, tant elle me semble juste. Il me manquera simplement la pointe d’accent russe et légèrement rocailleux d’Elsa. 

Alors, et j’entends déjà la question : mais que vient donc faire Léa Seydoux dans cette histoire ? L’actrice n’est pas une spécialiste d’Elsa Triolet. Certes… Mais elle a interprété une de ses héroïnes, Martine, dans Roses à crédit.  La projection du film d’Amos Gitai, salle Barbara en mars dernier, avait été un peu chaotique. Les images tressautant à intervalles réguliers n’empêchant pas le spectateur d’admirer, au passage, la plastique de la belle Léa. Je suis certaine que beaucoup se souviendront du long plan séquence sur ses orteils et la plante de ses pieds… Très charismatiques…

« De quoi Elsa est-elle le nom ? » adapte l’esprit de cette scène mais cette fois, c’est un jeune comédien de la troupe des Chariots de Thespis qui se prête au jeu. Plutôt pas mal. Désolée pour les fans de Léa Seydoux mais, selon la formule consacrée, elle n’était pas libre aux dates de tournage…

 Quoiqu’il en soit, connaissant ou pas l’univers d’Elsa Triolet, vous trouverez de l’intérêt, du plaisir à découvrir « De quoi Elsa est-elle le nom ? ». Vous allez même y dénicher un brin de fantaisie. Allez, un petit aperçu avec la bande-annonce !

dimanche 20 septembre 2015

Article de saison…


Difficile d’être passé à côté cet été, à la plage, et même à la ville où les vagues de chaleur successives ont modifié nos habitudes vestimentaires. Il ne s’agit pas du port du minishort ou des tongs qui tiennent déjà le haut du pavé dès que la température grimpe, mais de la nouvelle mode du tatouage.
Bien loin de la tendance soft Daho 86 et de son « Epaule Tattoo » chérie des ondes radiophoniques cette année-là, le tatouage ose désormais une version in extenso. Au gré d’un bras, d’une jambe, au détour d’un dos, arabesques et pointillés sortent au grand jour. 

Nul besoin de retracer toute l’histoire de cette pratique d’origine tribale, symbole de reconnaissance, d’appartenance dont la racine renvoie à la langue tahitienne, tataus.
Après quelques apparitions marquantes au cinéma, Steve Mc Queen en Papillon condamné au bagne à perpétuité, Gabin transportant un Modigliani sur le dos, ou encore le magnifique et très inspiré Alabama Monroe, son évolution répondrait à d’autres critères d’influences. Suggestion d’un ami à qui j’ai parlé de mon article en préparation : dernier avatar des films X… Ce à quoi je réponds que, de toutes manières, je préfère ceux du Losange, de films… Bref.
Autre piste avancée, les stars du foot qui n’hésitent pas à arborer moult tatouages, photos en couverture de magazine à l’appui. Idoles des temples modernes, n’ayant plus rien à envier aux champions de l’ovalie ? Arrivé à ce stade, je quitte le terrain, trop médiatique à mon goût.
 
Mon intérêt dans cette affaire serait plutôt de décoder le phénomène, vu de la rue. Curiosité piquée à vif, me direz-vous…
 
De passage au Binic Folk Blues Festival pendant les vacances, j’ai bien essayé de poser la question à plusieurs individus- garçons et filles confondus- dont le signalement correspondait à ma recherche, dans un esprit parfaitement clanique. Ni « very bad-boy », ni sortis du rayon des cultissimes décalcomanies Malabar… Elles et ils se sont montrés évasifs, m’invitant à boire un verre et à ne pas me prendre la tête en plein mois d’août. Désolée, mais je n’arrive pas à bronzer idiote ais-je répondu en acceptant néanmoins une Coreff, la bière locale. Même si j’ai un faible pour la Philomène, un autre cru de bière bretonne. Pour les amateurs d’eau douce et de « Breizh attitude » en bouteille, la Plancoët reste une valeur sûre…
 
Je m’amuse un peu comme si je n’arrivais pas à m’attaquer de front au sujet : évoquer ceux qui écrivent sur leur corps. Sur les mûrs, c’est plus simple et moins définitif. Cela nous parle de mai, de révolution, de street art.  Celui qui aime écrit sur les murs… disait Elsa Triolet.
La peinture sur soi, c’est différent. Un art appliqué ? A apprécier au regard du temps et du talent requis pour décliner ces marques de style.
 
Une image me revient alors, celle d’un film, The pillow book. L’intrigue « made in Japan » mettait en scène une jeune femme-écrivaine usant de la peau comme d’une toile manuscrite.
Il faut dire que son initiation avait commencé très jeune, quand son père, célèbre calligraphe, lui dessinait sur la joue un vœu d’anniversaire.
Où et comment se termine le parcours de l’héroïne et de son livre unique, j’avoue en avoir oublié le détail. L’écriture, via le ballet de la plume, étant plus palpitante que la chute de l’histoire. De l’art et de la manière de (se) raconter comme personne !
 
Reprenant mon propos avec ce modèle en tête, j’entrevois peut-être l’actuelle quête de sens du tatouage : un dessein pérenne, incarné, à l’heure du tout éphémère, de la consommation volatile, même si un tatouage peut toujours en recouvrir un autre…
Acte militant, signe d’engagement, choix de vie tracé à l’encre indélébile, si tous ces motifs sont bons, sa réalisation n’en est pas moins anodine. Grain de peau sensible, la prudence est de mise…
 
Plus « couture », s’afficher (très) tatoué c’est revêtir une parure éternelle ou presque, un habillage chamarré à fleur de peau pour tous les jours, même gris, ordinaires.
 
Comme dirait Mademoiselle Agnès : Nous voilà habillé(e)s pour l’hiver !

mardi 1 septembre 2015

Merci Catherine Cusset !

Chaque année, c’est la même chose. Un peu comme une fatalité, je sais que je vais tomber sur un roman de Catherine Cusset pendant les vacances. Cet été encore n’a pas échappé à la règle et La blouse roumaine m’a doucement fait glisser d’août à septembre. L’an dernier, c’était Indigo. Rien de prémédité dans tout cela. Simplement, l’histoire se répète, dans les rayons d’une librairie, au hasard des couvertures des livres feuilletés : « Tiens, le dernier Cusset est sorti en poche ! » ou « Une réédition du premier bouquin de Catherine Cusset ! ». J’ai bien  essayé de changer de libraire, pour voir. Rien n’y fait…
J’achète donc et en général je lis très vite le livre en question.
 
Catherine Cusset n’est pourtant pas plus prolixe qu’Amélie Nothomb ...
Son écriture est toutefois fine et incisive, tout comme ses récits. J’avais commencé avec Confessions d’une radine (2003). C’était assez drôle et bien construit. Tout comme La haine de la famille (2001), son précédent livre. La suite, plus convenue, mais intéressante dans son exploration de la vie des intellos, enseignants, « Bobos » français ou américains, et de la famille toujours. Beaucoup de chapitres sont d’inspiration autobiographique ; l’auteur ne s’en cache pas. Je devrais dire autofiction, c’est le terme consacré.
 
Les personnages semblent se suivre et se ressemblent au fil des romans, surtout les héroïnes. C’est peut-être ce qui me plait en la lisant d’une année sur l’autre : retrouver cette sensation familière, comme si on n’avait pas vieilli, ni elle, ni moi… Il se trouve qu’on a le même âge, si j’en crois les quelques lignes en introduction du Folio entre mes mains, et le même amour pour la Bretagne. En revanche pas d’éducation catholique en commun, ni de tignasse frisée ! Ne cherchez pas le lien entre les deux. Il n’y en a aucun.
 
Je ne l’ai jamais rencontrée, juste aperçue sur un plateau télé, un soir. Le souvenir d’une personne simple, souriante, « bon enfant ». Des problèmes, elle en a sûrement, comme nous tous, elle en a même fait un roman, Le problème avec Jane, mais elle ne les rabâche pas en permanence face caméra. Ne pas se méprendre et en faire une spécialiste du « gnangnan » ou des bons sentiments. La dame a choisi le Marquis de Sade comme sujet de thèse, tout de même… et son premier livre a été édité par Philippe Sollers dans la collection L’infini.
 
Elle a choisi de s’installer aux Etats-Unis, où elle a longtemps travaillé dans le milieu universitaire mais il semblerait qu’elle passe toutes ses vacances en France.
Ce serait amusant de l’y croiser, et de lui faire part de mes impressions la concernant.
Forcément, j’aurais son dernier livre en main, ou dans mon sac, car ce serait la fin de l’été, pas encore la rentrée mais presque…
Je pourrais lui dire merci pour ces années à m’accompagner, à distance régulière, en me donnant le sentiment de partager sa force sensible. Une rencontre d’auteur à lecteur, mais incognito, loin de la pression médiatique et de la foule.
La Bretagne, Lyon, Paris ? Qui sait…
 
En attendant, c’est déjà la rentrée et la fin de la lecture en mode illimité.
L’heure est à la reprise : études, travail, et emploi du temps bien défini.
Rien n’interdit cependant de s’octroyer une pause dans une librairie. Avec la rentrée littéraire,  pas moins de 589 romans attendent les inconditionnels et les curieux. Une jolie façon de prolonger l’été et le dépaysement, à seulement deux pas de chez soi.

dimanche 16 août 2015

Mais à quoi rêvent donc les éoliennes ?

Elles tournent et tournent encore, toutes ailes déployées, comme si leurs bras de métal cherchaient les courants favorables. Ces grands oiseaux blancs fichés en pleine terre, parfois en mer (dans des fermes offshore) sont des figures familières de nos paysages.
En longeant les routes et les autoroutes, on les aperçoit par petits groupes, sur un mont, une butte, prenant de la hauteur pour mieux fendre l’air. Éoliennes, devant leur nom au dieu grec Éole, emblème de la force des vents.

Mais l’éolienne a mauvaise presse. C’est une mal-aimée à laquelle on impute mille maux.
Il suffit de voir fleurir les panneaux « Non à l’implantation des éoliennes à C…..… ». On les dit bruyantes, sources de pollution visuelle des grands espaces. C’est oublier qu’elles produisent une partie de notre précieuse électricité. Pour mémoire, huit éoliennes servent à alimenter 15 000 foyers ! A l’horizon 2020, elles devraient représenter 10% de la consommation électrique française.
Quant à l’esthétique, laissez-moi rire doucement. Et là je rejoins volontiers Ségolène Royal sur le sujet : débarrassons-nous d’abord des panneaux publicitaires et autres qui enlaidissent les abords de nos villes et villages, leur conférant un aspect de « bazar de plein air » ….. Je ne crois pas que le regretté Bernard Marris en parle dans son dernier livre Et si on aimait la France mais il n’en a peut-être pas eu le temps… Je me souviens juste d’une allusion aux ronds-points, autre attribut peu valorisant de nos périphéries…

Dans l’imaginaire collectif, il y a bien de la place pour les moulins d’antan, à eau, à vent, à mer. Le plus fameux étant celui qui servait à produire de la farine, nourrissant ainsi les populations en pain et galettes de toutes sortes. Il en reste encore ça et là, certains reconvertis en restaurants, ou habitations, d’autres à l’abandon dans la campagne, le plus souvent amputés de leurs ailes.
Il y a bien aussi les Lettres de mon moulin et les vestiges du moulin de Daudet quelque part en pays provençal.
Quant aux moulins à paroles, laissons-les moudre leur grain en solitaire et nous aurons la paix.

Pour en revenir aux éoliennes, dont il me plait de prendre la défense aujourd’hui, eh bien je leur trouve de l’allure et une présence presque rassurante. L’image d’une vigie, à l’ombre des champs de blé. On me rétorquera que je ne vis pas à côté. Mais croyez-moi, la vie citadine foisonne de bien d’autres sources d’agitation et de brasseurs d’air inutiles…

Peut-être ces éoliennes, négligées de leurs concitoyens, espèrent-elles un jour prendre leur envol, et traverser la mer méditerranée, vers le pays de leurs ancêtres. Rejoindre ainsi leurs sœurs crétoises sur le haut plateau du Lassithi…
Leurs ailes seraient de toile tendue et onduleraient dans l’air, telles les voiles d’un bateau.
Les touristes viendraient de loin pour les admirer, les photographier, et leur silhouette dans le monde entier illustrerait les albums souvenirs et les guides de voyage.
Certes, elles adopteraient la nationalité grecque, scrutant dorénavant inquiètes les signes d’un ciel obscurci de nuages. En cette période de grande incertitude quant à l’avenir du pays, le verdict de l’oracle n’en serait que plus attendu de tous. Selon le schéma habituel, la Pythie, âme pure, serait choisie avec le plus grand soin, tout comme les prêtres chargés de retranscrire l’oracle, en l’état incompréhensible au commun des mortels. Les autorités compétentes alors instruites de la pensée divine, pourraient mettre en action un nouveau plan d’aide, permettant aux grecs de rembourser leur dette, immense puits sans fond…

En cette fin d’été, le feuilleton grec semble proche de sa conclusion, à moins qu’un nouveau rebondissement ne vienne relancer l’affaire. Et chacun de guetter le messager zélé qui viendra délivrer le message de Bruxelles. Car il y a bien longtemps que Delphes ne fait plus recette en matière de divination et que ses moulins à blé sont en jachère…

En attendant l’épilogue, nom masculin, du grec, épi et logos, signifiant le discours récapitulatif de la fin d’une pièce de théâtre, une simple question me brûle les lèvres :

Mais pourquoi diable les grecs ont-ils inventé la tragédie ? Ce peuple, si urbain, méritait sans doute un sort meilleur.

samedi 18 juillet 2015

Au pays d’Elsa et Aragon


Citoyens du monde, Elsa et Louis n’en étaient pas moins attachés à une maison. 

Copyright Claude Rolland Juillet 2015

Pousser la porte du moulin de Villeneuve offre une clef de lecture des années où ils y vécurent heureux, enfin presque heureux... La verdoyante propriété abrite leur tombeau commun tout en étant un lieu de vie et de création, au travers d’expositions et de rencontres artistiques.
 
Dans la bâtisse, de nombreuses bibliothèques, avec au centre la pièce maîtresse, où coule l’eau vive.

Copyright Claude Rolland Juillet 2015

Beaucoup d’objets, des œuvres uniques, dons de Picasso, Fernand Léger entre autres, ou des souvenirs, le plus souvent rapportés de Russie. Quelques cadeaux aussi, d’Aragon à Elsa, comme ce cheval roux et ce cheval blanc de bois peint, en référence à deux des romans écrits par Elsa Triolet. 

Copyright Claude Rolland Juillet 2015

Les pièces semblent avoir été quittées la veille...à l'image du bureau d’Elsa dont la fenêtre ouverte sur le parc évoque  La chambre à soi  chère à Virginia Woolf. D’où prendre son élan vers d’autres conquêtes féministes.
 
Il y a bien sûr la pendule arrêtée comme « l’heure au cadran de la montre », et tant de ces petits riens qui disent le temps passé là, à travailler, loin des bruits de Paris, mais pas trop loin tout de même…
 
La maison était ouverte aux amis de passage, aux soirées à refaire le monde. Toujours source de l’inspiration du couple, le monde.

 

Et pour les nuits sans sommeil, Elsa avait un remède insolite… Sa collection de polars de la Série Noire, soigneusement dissimulée dans un placard. L’avenir du monde, c’est angoissant parfois…


 
Le lieu foisonne de la passion d’Elsa à détourner les choses, à leur imaginer au-delà d’un usage différent, une autre vie, comme ses célèbres colliers ou les lampes pagaie du salon.
J’avoue m’être attardée, longtemps, devant la salle de bains immense, tout en rose et noir,  aux allures de bonbonnière. Perplexe…
 
C’était cela aussi Elsa Triolet, un goût affiché pour le confort moderne et ses attributs. Voir le frigidaire, premier de la marque, trônant au milieu de la cuisine.
 
Copyright Claude Rolland Juillet 2015
Après sa mort, Aragon ne viendra plus que rarement dans la maison. L’absence lui pesait trop. Entre les murs et le jardin, elle était partout. Le moulin sera légué à l’Etat, en 1982, par choix testamentaire, afin de partager et entretenir les souvenirs du « fou d’Elsa », de sa muse, artiste, intellectuelle, tout à la fois.
 
Si vous passez du côté de Saint Arnoult En Yvelines cet été, à deux pas du péage du même nom, n’hésitez pas à faire le détour. A quitter un temps et sans regrets le flot des vacanciers, pour une visite hors du commun. Voici d'autres clichés pour continuer le voyage…
 
 
Copyright Claude Rolland Juillet 2015
 
Copyright Claude Rolland Juillet 2015
 
Copyright Claude Rolland Juillet 2015
 
Copyright Claude Rolland Juillet 2015

 
Copyright Claude Rolland Juillet 2015


Copyright Claude Rolland Juillet 2015
 
Copyright Claude Rolland Juillet 2015
 

















 

dimanche 5 juillet 2015

Ecrire, késako ?

« Ecrire, c’est tenter de savoir ce qu’on écrirait si on écrivait. »
Marguerite Duras ne croyait pas si bien dire avec cette phrase faussement énigmatique.
C’est quoi en fait le métier d’écrivain ? Une drôle de profession qui rime parfois avec confession. Un jeu dans la mise en scène de la pensée, rebelle, drôle, fugitive…
Aujourd’hui, tout le monde peut écrire. Il suffit d’en avoir l’idée et l’envie. Facebook est comme un  journal, partagé avec le plus grand nombre. Une impression, une photo, quelques lignes et hop, on poste !
Moi, la première… Sans compter l’essor des blogs. Et du storytelling qui a envahi le monde de l’entreprise et de la communication. Mais écrire, ça s’apprend ou pas ? Les ateliers d’écriture, très en vogue, semblent confirmer la tendance. On pourrait ainsi paraphraser Simone de Beauvoir : « On ne naît pas écrivain, on le devient ».
Mais écrire quoi, pour qui et comment au juste ?
 
Regardez Sagan, un premier livre et déjà la signature d’une œuvre.
Ou encore Modiano, toute une vie ou presque à  raconter la même histoire… avec les mêmes personnages un peu troubles. Le Paris de l’occupation, ses ombres. Et pour les faire renaître, une écriture des plus limpides jusqu’au magnifique Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier. Ecrire comme une nécessité, une identité retrouvée… On n’imagine pas Modiano faire autre chose dans l’existence. C’est un écrivain. E Basta !
 
Me replongeant dernièrement dans des textes d’Elsa Triolet, je mesurais toute la difficulté qu’elle avait pu avoir à passer du russe, sa langue natale, au français. Contrairement à Nathalie Sarraute, sa compatriote, arrivée en France à l’âge de 2 ans, Elsa a vécu toute son enfance et son adolescence en Russie. Et même si elle écrit alors son journal en français, elle continue à penser en russe. C’est peut-être aussi l’origine de la musique particulière, dissonante parfois, que l’on perçoit dans l’œuvre de la romancière.
L’écriture est inégale, à l’image d’une marche tantôt plus haute, tantôt plus basse, mais nous touche grâce à cette singularité. Toute sa vie Elsa aura écrit, de Fraise des Bois à l’ultime publication,  Le rossignol se tait à l’aube. Ce dernier livre est un aller et retour entre l’ici et maintenant, et ce passé qui a fini par passer… Un testament ombré d’un doute, celui d’avoir été bien comprise, et de la peur d’être restée une étrangère, malgré tout …
 
La militante, la combattante que fut Elsa s’éloigne. L’époque est à d’autres luttes. La littérature aussi a changé. C’est l’aube du nouveau roman. Des voix se taisent, d’autres s’élèvent. Le rossignol a fini de chanter…
 
En allant visiter la maison d’Elsa et de Louis, au Moulin de Villeneuve à Saint Arnould, dans quelques jours, j’aurai en tête ses mots à elle, ses mots à lui, comme l’épitaphe sur leur tombe. Mais aussi une clarté telle la lumière des étoiles mortes qui continue à briller, longtemps après. Quand elles brillent en duo, c’est encore plus beau…
Un éclat, un rayonnement dans la nuit.
Aragon, extrait de La rose et le réséda, pour finir de nous éclairer :    
 
                            Celui qui croyait au ciel
                            Celui qui n’y croyait pas
                            Tous deux adoraient la belle,
                            Prisonnière des soldats…..   
                            Lequel montait à l’échelle
                            Et lequel guettait en bas
                            Celui qui croyait au ciel
                            Celui qui n’y croyait pas
                            Qu’importe comment s’appelle
                            Cette clarté sur leur pas
                            Que l’un fut de la chapelle
                            Et l’autre s’y dérobât
                            Celui qui croyait au ciel
                            Celui qui n’y croyait pas

vendredi 26 juin 2015

Drôle de voyage…


J’ai terminé mon article précédent avec la Balade du mois de juin de Chiara, sur un air de guitare folk, et d’une voix légère.
 
La vie étant faite de diverses rencontres, me voilà aujourd’hui au cœur d’une histoire bien différente. Drôle de voyage que ce Journal de bord d’une élue en pays FN. Ce pays, c’est le nôtre, en 2015, même si l’on peine à s’y reconnaître… Voyage prophétique ? S’il faut entendre par « pays » son sens de « bout de terre », en l’occurrence Fréjus, plutôt que la France toute entière, le propos  d’Elsa Di Méo est bien de nous alerter au plan national.
 
Le territoire d’influence du FN s’étend dangereusement et nous n’en mesurons pas encore toutes les conséquences depuis le 21 avril 2002 … En nous immergeant de l’intérieur, en profondeur, dans l’exercice du pouvoir frontiste, l’auteur et élue- Elsa Di Méo est conseillère régionale en PACA – en fait la démonstration.
Ce livre, fruit d’un travail à 4 mains avec un journaliste de Libération, construit comme un journal, détaille la mise en oeuvre des idées du Front National de Marine Le Pen dans une commune de plus de 50 000 habitants. 
 
Depuis la victoire de David Rachline à Fréjus, Elsa Di Méo se bat, certes à l’extérieur du conseil municipal, mais elle se bat avec courage et détermination au sein d’un collectif citoyen, baptisé « forum républicain ». Avec d’autres, elle est entrée en résistance…
Quelques exemples de la politique municipale menée à Fréjus, et relevés dans le livre : suppression des subventions aux centres sociaux, les condamnant ainsi à une fermeture programmée. Atteintes à la laïcité. Retrait du drapeau européen du fronton de l’Hôtel de Ville.
Mais le plus inquiétant, c’est encore les mots dits, la libération d’une «  parole raciste ». Comme si, de latente, refoulée, celle-ci devenait légitime avec l’arrivée de David Rachline à la mairie. Entendu ça et là, au supermarché, chez le buraliste, ou dans la rue, et rapporté par l’auteur : « Qu’est-ce qu’il veut l’arabe ? Il n’a qu’à rentrer chez lui. », « C’est bien,… le FN va nous nettoyer de ces arabes. », « On est chez nous maintenant. Rachline va les mettre dehors. »
Quelques militants associatifs ont bien essayé de faire circuler des affiches rappelant que le racisme n’est pas une opinion comme une autre mais bel et bien un délit. Aucun des commerçants sollicités n’a osé accepter de les diffuser.
C’est dire le climat local…
 
Et la valse des mesures a  pu continuer : baisse des dotations aux écoles et à la médiathèque, renforcement de la police municipale, armée jusqu’aux dents, et relogée dans les anciens locaux d’un centre social. Tiens, tiens…
Les activités culturelles et éducatives proposées par la mairie aux fréjusiens se limitent désormais à de l’animation dite « populaire », dont le clou est une discothèque « à ciel ouvert » installée dans les arènes de la ville, avec projection de peinture fluo sur les danseurs. C’est fou ce qu’au FN, on aime le peinturlurage… Déjà à Hayange, l’épisode de la sculpture-fontaine badigeonnée de bleu, assortie aux jardinières municipales, avait à juste titre soulevé un flot d’indignation.
 
Si la politique à Fréjus s’est longtemps appuyée sur un réseau de connivences et de pratiques mises en place par le maire précédent (attributions d’appels d’offres et délégation de plage entachées de corruption, et condamnées pour  prise illégale d’intérêts), le candidat de la liste bleu Marine, prétendument anti-système, n’a jamais cru bon de les dénoncer. Sans doute pour ne pas faire de vagues compromettant sa campagne mais aussi parce qu’il s’accommode très bien du système, au bout du compte.
 
Il avait bâti sa campagne municipale sur le thème du déclin de la France, relayant les idées portées au niveau national par Marine Le Pen, et fort d’une communication fournie par son parti. Quid d’une vision des véritables enjeux pour Fréjus et de propositions constructives pour ses habitants ? A part la théorie simpliste du bouc émissaire…
Elsa Di Méo dénonce aussi une certaine complaisance des médias qui, a force de vouloir faire le buzz, ont largement contribué à la mise en lumière du candidat FN.
 
Bref, tout semblait déjà écrit…
Pourtant, et c’est ainsi que s’achève le témoignage de l’élue socialiste, c’est le moment ou jamais de rassembler nos forces, d’assumer clairement nos idées, même si elles ne semblent pas en phase avec celles de nos concitoyens. Le pays se « droitise » ? On observe un phénomène de repli sur soi ? Et alors ? Il faudrait aller dans le sens du vent, même s’il est mauvais, même s’il est contraire à nos valeurs ? A agir ainsi, nous aurons, et la guerre, et le déshonneur… Et la République sera la grande perdante dans cette affaire.
 
Le mot de la fin à Elsa Di Méo :
Reparlons d’Etat, de puissance publique, du modèle de société que nous voulons défendre. Allons sur ces terrains qui sont les nôtres et nous réussirons à contrer le FN. « La génération 21 avril » porte une responsabilité. Beaucoup d’entre nous se sont engagés au Parti socialiste après le choc de la qualification de Jean-Marie Le Pen au second tour de la présidentielle. Allons-nous laisser se renouveler ce scénario avec sa fille en 2017 ? Ou allons-nous mener la bataille culturelle et politique ?