lundi 22 septembre 2014

Carrefour des grands hommes

La semaine dernière, en déjeunant rue Garibaldi, en terrasse, pour profiter de l’été indien, je me rappelais l’état de cette rue à mon arrivée à Lyon. Je n’aurais pas alors imaginé profiter d’une agréable pause déjeuner en ce même lieu.
 
La comparaison avec les aménagements actuels est saisissante et chacun le reconnaît.
Une fois les travaux de la tour Incity terminés, la jonction entre Lafayette et Garibaldi marquera l’entrée de cette artère lyonnaise redessinée.
 
C’est justement sur l’aspect symbolique de ce trait d’union que je souhaitais revenir.
Jusqu’ici, et bien que passant régulièrement à cet endroit – mon trajet préféré de chez moi à la mairie du 3ème- j’étais surtout restée attentive à l’avancée des travaux d’un point de vue matériel, et disons pragmatique.
Je n’avais pas fait l’association entre les figures des deux célèbres généraux !
Et pourtant, tous deux sont quasiment des mythes et ont l’Amérique en commun…
 
Du Marquis de La Fayette, devenu Major général et "héros du nouveau monde", les français connaissent bien l’histoire, et la place qu’il a tenue au tout début de la révolution. Rappelons tout de même qu’il a été Commandant en chef de la Garde nationale et qu’on lui doit la cocarde tricolore. Il serait venu à Lyon en 1785 et pour l’ensemble de son parcours, la ville se devait bien de l’honorer par cette dédicace. Les Etats-Unis ont donné son nom à plusieurs villes et comtés et l’ont même fait Citoyen d’honneur.
Une anecdote au passage : contrairement à ce que me suggérait une touriste dernièrement- et dont je tairai par respect la nationalité- le cours Lafayette ne doit pas son nom aux galeries du même nom… même si le célèbre grand magasin est situé à quelques mètres seulement… Ironie de l’histoire !
 
De Garibaldi, un peu moins présent dans nos manuels scolaires, on retient surtout son rôle dans l’unité italienne et le "risorgimento". Mais ce farouche patriote a passé sa vie à conduire des batailles en faveur de la république et de l’indépendance des peuples, en Italie, en France et en Amérique du sud, à la tête des "chemises rouges". Son exil américain l’aura conduit du Brésil à l’Uruguay où le gouvernement de Montevideo avait fait appel à lui. On l’a ainsi surnommé "le héros des 2 mondes".
En 1870, il a été nommé Citoyen d’honneur de la ville de Lyon pour avoir combattu aux côtés des lyonnais contre les prussiens.
 
Sa descendance s’est elle aussi illustrée en France et une plaque commémorative, apposée place des Martyrs de la résistance, le long de la rue Garibaldi, rappelle le combat de ses deux petits-fils, Bruno et Constantin, décédés en 1914 et 1915.
 
Pour parachever ce petit rappel de l’œuvre de Garibaldi, on peut ajouter qu’il a été élu député en France sur les listes de l’Union Républicaine, derrière Gambetta et Victor Hugo. Mais son élection a été invalidée en raison de sa nationalité italienne. Victor Hugo a alors démissionné en marque de soutien à Garibaldi.
 
C’est finalement un bel hommage de voir s’élever à la réunion des deux rues Garibaldi et Lafayette la future plus haute tour de Lyon. Selon la formule consacrée : "Aux grands hommes, la patrie reconnaissante" !

mardi 16 septembre 2014

Aventures ordinaires d’une petite copropriété du 3ème arrondissement de Lyon

Non, je ne vais pas vous faire un pseudo-remake d’ Escalier C , film de Jean-Charles Tachella de 1985, avec Robin Renucci à ses débuts… ou de Voisins, voisines . Mais vous faire partager une expérience de vie en commun. 
 
D’ailleurs, il s’agit bien de "communs" puisque dans cette petite copropriété où j’habite, la réfection du hall d’immeuble aura permis aux uns et aux autres de se rencontrer, autrement que sur un palier d’étage ! 
 
Notre hall était resté "dans son jus" depuis un certain temps, avec une "allée charretière", un enchevêtrement de câbles - dont certains ne nous reliaient plus à aucun réseau - et des peintures plus que défraîchies. Il a donc été décidé de procéder à sa rénovation et au choix des matériaux et de la couleur des mûrs.
Vaste problématique que d’accorder les goûts des uns et des autres…
Mais aussi l’opportunité de se réunir et de débattre dans une ambiance parfois animée. L’occasion de mieux faire connaissance et de constater que nos différences pouvaient aussi nous enrichir … De la mise en pratique du fameux "vivre ensemble".
 
Revenons à nos moutons, ou plutôt à nos carreaux de carrelage et à nos échantillonnages de peinture. Le choix enfin effectif, la réalisation des travaux a été menée par des entreprises spécialisées. Rien de particulier à dire là-dessus, sinon que la réfection des boites aux lettres ne semblait intéresser personne. Les menuisiers se faisaient tirer l’oreille pour ce type de petits travaux ou alors fournissaient des devis inappropriés…
Qu’à cela ne tienne, nous avons décidé de nous partager le travail. Chacun ayant des talents particuliers, qui en ponçage, qui en moulurage, qui en vernissage. Certains fournissaient les outils et d’autres se chargeaient des achats. Je me suis personnellement occupée de trouver de jolis porte-étiquettes ; et n’en déduisez surtout pas que mes compétences techniques n’étaient pas à la hauteur de l’enjeu !
 
Finalement, tout s’est très bien passé et nous avons même fait une économie par rapport à la provision versée au syndic ! Qui sera réinvestie dans un repas en commun afin de fêter la fin du chantier. En somme, une fête des voisins en version décalée…
 
Voilà un exemple de "faire ensemble" qui nous aura permis d’intégrer les nouveaux venus. Car comme partout, dans un immeuble, une rue, une ville, il y a les occupants "historiques" et les nouveaux arrivants. Des personnes de 
tous âges (ici une doyenne de près de 80 ans et une petite fille de 18 mois), des couples, des personnes seules, des commerçants en rez- de- chaussée, et même une colocation d’étudiants.
 
Une population mixte et hétérogène qu’il suffit parfois de fédérer autour d’un projet. Et peu importe l’objet, ce qui compte c’est le relationnel qui en résulte. Et la fierté d’avoir réussi un travail collectif.
 
Je suis sûre que l’été prochain, on se souciera mieux de Mme Untel qui reste seule pendant les vacances ou qu’on sera plus compréhensif avec les problèmes de voisinage, tout simplement.
 
Mais faudrait tout de même pas que nos étudiants fassent la fête tous les soirs J

mercredi 10 septembre 2014

Forum, saison 2 !!

Samedi 13 septembre, la place Guichard accueillera à nouveau le forum des associations du 3ème arrondissement.
 
Les équipes du service animation de la mairie, Abdel Achache, adjoint au Sport, et moi-même avons cette année encore tout préparé pour offrir le meilleur de la vie associative à nos concitoyens. Pour les nouveaux arrivants de l’arrondissement, c’est l’occasion unique de rencontrer ces partenaires indispensables au lien social et à la collectivité. 
114 associations seront ainsi représentées, de la culture à l’éducation en passant par les solidarités locales et internationales. Le sport ne sera pas en reste puisqu’une allée complète lui sera dédiée ! 
 
Des personnalités actives dans le milieu associatif et plus généralement dans la cité, dont l’engagement est bien connu de tous, se verront décerner la médaille de citoyen d’honneur du 3ème arrondissement. Une manière de mettre en lumière le bénévolat et l’engagement altruiste. 
 
La campagne de présentation de ces forums d’arrondissement bat son plein en ce moment sur les panneaux de la ville de Lyon. Symbole de la rentrée avec le
top départ de nouvelles activités pour tous. A chacun selon ses envies ou ses disponibilités pour choisir une discipline qui animera et donnera du « peps » au quotidien.
 
Je vais d’ailleurs en profiter pour faire « mon marché » et trouver une pratique sportive motivante pour cette année…
 
Le stand mairie fournira toutes les informations utiles pour comprendre le fonctionnement des Conseils de quartier et pourquoi pas y adhérer. Car le slogan de la manifestation est bien : « La ville comme on l’aime, participative. »
 
Et pour compléter cette journée,  j’invite celles et ceux qui ne l’auraient pas encore fait à consulter le dossier spécial publié dans le dernier numéro de Vision 3 de juin 2014 : « La vie associative, richesse du 3ème ».

Rendez-vous samedi. Nous, on y sera !

 

vendredi 5 septembre 2014

Silence, on tourne !

En discutant hier avec un monsieur qui se reconnaîtra sans doute, j’ai dû me rendre à l’évidence : la pile de livres sur ma table de chevet reprend de la hauteur et les mémoires de Louis Mermaz n’en sont qu’à leur début…
Je prends donc le parti d’évoquer aujourd’hui un livre découvert l’été dernier au cours d’un séjour en Corrèze. Une terre dite "de président" pour un roman intitulé Le chapeau de Mitterrand. Un rendez-vous réussi…même si la Corrèze n’est pas les Landes.
La lecture de ce livre d’Antoine Laurain m’a ravie ainsi que les aventures ou mésaventures de ses personnages. Je ne
l’avais pas choisi au hasard mais grâce au titre qui d’emblée m’avait séduite et dont la suite a parfaitement tenu ses promesses.
Ce n’est pas un livre politique -encore que- mais l’histoire d’un chapeau oublié et semble t-il doté de pouvoirs singuliers puisqu’il révolutionne la vie des individus qui successivement vont s’en coiffer. "Les forces de l’esprit" pour nous entraîner du Paris des années 80 à une Venise intemporelle, dans un final plein de malice…
Je ne vais pas vous livrer la clef de l’histoire… qui  deviendra un film pour la télévision début 2015 (diffusé sur France 2). Le tournage s’achève ces jours-ci à Lyon, dans le 3ème arrondissement, à deux pas de chez moi. Joli clin d’œil !
En effet, le réalisateur a choisi de mettre en scène, ici plutôt qu’à Paris, ce récit jubilatoire.  Frédéric Diefenthal y jouera Daniel Mercier, le premier porteur du chapeau, ainsi décrit par le narrateur :  "Dans le living désert, il s’assit dans le canapé et regarda son reflet à contre-jour dans l’écran gris de la télévision éteinte ; il  y  vit  la  silhouette  d’un homme assis portant un chapeau et qui opinait lentement du chef. Il resta ainsi une bonne heure, à contempler son image, tout son être empreint d’une sérénité quasi mystique." ou encore : "Il le sentait obscurément, quelque chose du Président était resté dans ce chapeau, sous une forme immatérielle, peut-être de l’ordre de la microparticule, mais cette chose portait en elle le souffle du destin. Merci, murmura Daniel, s’adressant autant au chapeau qu’à son supérieur hiérarchique."
Vous l’aurez compris : il s’agit là d’une fantaisie particulièrement inspirée.
J’espère que la réalisation de Robin Davis rendra bien le ton et l’écriture d’Antoine Laurain, qui je crois, a été associé au scénario du film. C’est un bon point.
Et pour celles et ceux qui préfèrent la lecture, le livre est paru en 2012 chez Flammarion, ainsi qu’au Livre de poche. J’ai pour ma part fait l’acquisition des deux car mon premier exemplaire, prêté à quelqu’un qui devrait lui aussi se reconnaître… n’a pas encore reparu dans ma bibliothèque… Et c’est très bien ainsi, je trouve, de laisser les livres voyager vers d’autres horizons.
C’est d’ailleurs le thème d’un événement qui se déroulera du 8 au 14 septembre en invitant les participants à déposer dans un lieu public un livre qu’ils ont aimé, à la rencontre d’un lecteur inconnu…
"Oublie un livre quelque part", c’est son nom, et j’y participe, évidemment ! Et vous ?

lundi 1 septembre 2014

Mémoire forever

Si le devoir de mémoire est plutôt institutionnel, le travail de mémoire est l’affaire de tous. 

Comme chaque année le 3 septembre, la Ville de Lyon célèbrera sa libération. Pour ce 70ème anniversaire, "la capitale de la résistance" honorera les témoins de cette journée historique. 

Ce fût le cas lors de la cérémonie commémorant la libération de la prison  Montluc le 24 août dernier, dans le cadre de son 70ème anniversaire. 

Aujourd’hui, Montluc est un Mémorial  mais il n’y a pas si longtemps, le bâtiment abritait encore une prison. J’ai eu la possibilité de la visiter il y a 6 ans, grâce au CLRD (Conseil lyonnais pour le respect des droits) qui proposait aux nouveaux élus de se rendre sur les lieux d’incarcération de la ville. A cette époque les deux prisons de Lyon étaient en activité, Saint-Paul pour les hommes et Monluc pour les femmes. A Montluc, la partie historique, l’ancienne prison de la gestapo, n’était heureusement pas occupée mais elle avait été utilisée pour des séances d’entraînements des forces spéciales et les murs en gardaient quelques stigmates…

Quant aux conditions de vie dans la prison, je me souviens de certaines cellules pour 4 co-détenues, de la chaleur qui y régnait -nous étions en septembre- mais aussi d’un atelier de coiffure animé par des bénévoles. Et de ce qu’on nommait alors la nurserie, l’endroit le plus enjoué de toute la prison puisqu’il hébergeait les jeunes mères et leurs enfants. 

Le 15 septembre 2010 a eu lieu l’inauguration du Mémorial en présence de nombreuses personnalités politiques et de représentants d’associations, celles et ceux qui se sont
battus pour la sauvegarde de ce lieu de Mémoire. Depuis, en lien avec l’ONAC (Office National des Anciens Combattants) et l’association des Rescapés de Montluc, des visites guidées y sont régulièrement organisées. De nombreux élèves (soit 5368 scolaires en 2012-2013) ont ainsi pu découvrir la prison de Jean Moulin, des enfants d’Izieu et de tant d’autres, illustres ou inconnus.  


Le Mémorial sera comme chaque année ouvert au public dans le cadre des Journées du Patrimoine avec en plus de la visite une exposition sur le dernier convoi de déportés de Lyon, convoi du 11 août 1944. Ce travail  pédagogique de qualité permet de transmettre la mémoire du lieu et de ceux qui y ont transité. J’avoue qu’à chaque fois que je m’y rends, je suis encore saisie d’effroi. On ne s’habitue pas à l’horreur… 

Au mois d’octobre, sera célébré le 70ème anniversaire de la création de l’association des Rescapés de Montluc (créée au retour de la libération des camps). A la demande du président de l’association, M.Bruno Permezel, un film réalisé par Claude Rolland, sera diffusé en présence des Rescapés.
Sans dévoiler la tonalité du film, essentiellement composé de témoignages, je peux déjà dire que ce sera un temps fort de cet anniversaire. Le montage ayant eu lieu au mois d’août dans notre appartement- ce n’est pas un scoop, Claude Rolland et moi avons été mariés par Thierry Philip en 2008 à la mairie du 3ème- la seconde partie de mes vacances a donc été imprégnée de l’écho des enregistrements… Et même si j’avais pu visionner quelques "rushes" au fur et à mesure des entretiens, rien à voir avec l’émotion que pourra dégager l’ensemble. 

D’autres séances de projection sont en cours de programmation, dans les mairies d’arrondissement. Je ne manquerai pas d’en communiquer les dates. Je reste symboliquement attachée à la Mémoire, même si j’ai depuis changé de délégation. 

En tous cas, j’ai vraiment apprécié le travail en partenariat avec les associations d’anciens combattants au cours du précédent mandat et j’ai beaucoup appris du parcours des uns et des autres. Un immense merci à toutes et à tous pour leur grande humanité.

mercredi 27 août 2014

Au revoir Aurélie !


Le gouvernement Valls II est donc entré en fonction.
 
Parmi les sortants, il se trouve une femme que j’apprécie pour ses qualités humaines, ses convictions et son parcours.
 
Aurélie Filipetti n’est pas une énarque. Après une prépa littéraire, elle intégre Normale Sup. Agrégée de lettres classiques, elle commencera par enseigner.
 
Cette fille de mineur, petite fille d’un immigré antifasciste, résistant, déporté et mort en camp de concentration connaît les difficultés de la vie. De sa Lorraine natale et de son histoire familiale, elle a gardé un sens des valeurs que personne ne peut lui reprocher. Ses livres et notamment son premier roman, « Les derniers jours de la classe ouvrière », paru en 2003, récit de ses origines, mais surtout hommage à la mémoire ouvrière, l’ont fait connaître du public.
 
En même temps, la politique l’a rattrapée. D’abord chez les Verts et ensuite au Parti Socialiste, très présente dans les dernières campagnes présidentielles (son père, lui, avait été maire communiste d’une petite commune de Moselle et conseiller général).
 
La suite, tout le monde la connaît : Ministre de la Culture et de la Communication, le « fauteuil d’André Malraux » pour une jeune femme que rien ne prédestinait à cette haute fonction. Elle dit tout devoir à l’école. Pour preuve cet extrait d’une interview au JDD en juillet 2012 : " Il ne m’a pas traversé l’esprit qu’on pouvait réussir grâce à ses études. Je me rendais à l’école pour apprendre. Si je pouvais encore y aller aujourd’hui, j’irais. "
 
On lui a reproché sa dureté ou plutôt son manque de souplesse dans le conflit des intermittents. Je préfère conserver d’elle l’image d’une ministre engagée, qui a du faire face à une baisse de ses crédits, - pour rappel, à Lyon la culture représente 20% du budget de la Ville -, et bien sûr aux derniers soubresauts de la sidérurgie en Lorraine… Même si c’était  " Chronique d’une mort annoncée ", il aura fallu du courage à cette députée de la Moselle pour y faire face.
 
Je garde aussi le souvenir précieux d’une rencontre informelle lors de la séance- dédicace d’un de ses livres,   "Un homme dans la poche". C’était en 2006 à Metz.
Pour ceux qui ne le sauraient pas, " la poche ", n’est pas seulement une partie de vêtement ou un synonyme de " sac ". " La poche " désigne aussi l’acier en fusion, matière particulièrement dangereuse, et à l’origine d’accidents mortels… Le dernier en date s’est produit avec des ouvriers chinois. La Chine étant aujourd’hui le numéro 1 mondial de cette industrie et Arcelor Mittal  le numéro 1 des géants de la sidérurgie.
 
La vie continue, et je suis certaine qu’Aurélie Filipetti saura poursuivre son chemin.
 
Bonne route à celles qui sont confirmées dans leurs fonctions comme Ségolène Royal, Christiane Taubira et aux promues, Fleur Pellerin et bien sûr Najat  qui hérite du portefeuille de l’Education. 

lundi 25 août 2014

Entre deux mers et entre paix et guerre, histoires de terrien(ne)s en quête de phares…

Le temps des vacances, ou de la traditionnelle pause estivale, est pour beaucoup un temps suspendu, entre une année de travail écoulée et la rentrée. Comme pour l’année civile, cette période symbolise le passage à une nouvelle année.  

Cet été, j’ai eu la chance de prendre de vraies vacances en Bretagne et sur les îles anglo-normandes, de l’Atlantique à la Manche, entre deux mers. 

Port Lay
A Groix tout d’abord, où pendant deux semaines, j’ai vécu comme  beaucoup d’insulaires, sans voiture et au rythme de la navette, appelée "courrier", qui relie l’île à Lorient. Et au gré de la marée, comme toujours en Bretagne… Un vrai plaisir que de se balader à vélo, sans les contraintes de la circulation citadine, ou en canot tout autour de l’île. Et la surprise de découvrir, au détour des rues du bourg, que l’immigration italienne y avait été assez importante dans les années 30. Bretagne, terre d’accueil ! En témoignent les façades de certaines maisons refaçonnées à l’italienne avec des couleurs vives. Un peu comme à Lyon…
 
Autre plaisir des vacances, la lecture… de vrais livres ! Tout au long de l’année, je lis comme je peux, surtout des articles, des publications, des blogs aussi… Prendre le temps de lire un  roman est presque  un luxe !  Et lire au dehors, souvent au soleil - car oui, il fait beau en Bretagne ! - c’est déjà un dépaysement. J’ai ainsi navigué de Bon petit soldat de Mazarine Pingeot, à  Roses à crédit  et Les  amants  d'Avignon  d'Elsa  Triolet,  en  passant  par Le cercle littéraire des amateurs de tourtes aux épluchures de patates de Guernesey  pour  aboutir  à  des retrouvailles avec un monument de la littérature: Victor Hugo.
Souvent représenté dans des films mettant en scène Les Misérables ou Notre Dame de Paris, il faut lire ou relire Hugo, des Contemplations, à son théâtre; la pièce de David Bobée, adaptation de Lucrèce Borgia, est un des grands spectacles de la saison, et je ne regrette pas de l’avoir vue fin juin à Grignan, sous une pluie d’orage mémorable et prophétique de l’été qui a suivi…

Hugo donc,  dont on connaît l’exil sous Napoléon III pour "délit d’opinion". A Guernesey, qui l’a finalement accueilli après une escale à Jersey, il a construit un univers non seulement d’expatrié, mais de créateur. Car Hugo, au-delà de l’homme de lettres, de l’ardent républicain, et du politique visionnaire dont l’héritage nous inspire encore, est un  artiste qui transforme toute matière. La preuve avec cette maison de l'exil dont il a entièrement conçu la décoration et avec quelle maestria ! Partout, et même à l’intérieur des portes de placard, s’inscrit la marque du génie hugolien…La  visite  de  cette maison est un émerveillement et une  rencontre  intime  avec le grand hommequi du haut de son "look out", pouvait par temps clair contempler les côtes de France.
C’est là qu’il avait installé sa chambre et son poste de travail. Un peu à la manière d’un gardien de phare…



Pour ma part, j’ai eu l’occasion d’y venir deux fois. Il y a une quinzaine d’années avec mes enfants lors d’un "séjour découverte du Cotentin et des plages du débarquement" au cours duquel nous avions fait la traversée jusqu’à St Peter Port et cette ancienne terre normande. Et en ce mois de juillet 2014, avec pour particularité cette fois-ci, d’avoir fait la visite guidée par ma propre fille ! Camille y travaille  pour  la saison.  L’hiver  dernier,  elle  a littéralement flashé sur une offre d’emploi à la


Maison de Victor Hugo à Guernesey (Hauteville House est gérée par les Musées de la Ville de Paris). Pas vraiment un hasard finalement…et pour moi un rendez-vous car je ne pouvais pas passer l’été sans revenir à Guernesey. C’est dans cette maison qu’Hugo a écrit Les travailleurs de la mer et c’est avec ce livre que s’est achevé mon cycle de lectures estivales.

Point commun entre ces livres et leurs auteurs : un certain idéal de résistance. Face à l’occupation allemande à Guernesey, des habitants de l’île organisent un cercle de lecture qu’ils poursuivront avec bonheur après la guerre. Elsa Triolet, figure de la résistance avec Louis Aragon, a connu l’occupation en zone sud. Elle racontera cette expérience dans son recueil de nouvelles Le premier accroc coûte 200 francs dont sont extraits Les amants d’Avignon. Livre qui lui a valu le prix Goncourt en 1946.

Et Victor Hugo, "l’élu du peuple", a résisté à l’Empire jusqu’à être exilé de France près de 20 longues années…
 
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Le monde d’aujourd’hui va mal et le ciel de cet été 2014 aura été cruel : guerre à Gaza, en Ukraine, en Irak, avec à la clef des victimes civiles, intolérables ; accidents d’avions à répétition et aussi un temps semé d’orages violents, reflet d’un climat perturbé au propre comme au figuré.

Pessimiste non, réaliste oui. Au-delà de la paix promise de la trêve estivale, comment oublier la terrible réalité de toutes ces guerres. Etre élu(e) de la République, c’est bien se poser la question de la justice, ici et ailleurs, et c’est le dire ou l'écrire,  modestement pour ma part. Oui, je partage assurément la vision d’Elisabeth Roudinesco quand elle dit que "le peuple le plus persécuté de l’histoire, après avoir créé un état sur sa terre promise, est à son tour devenu persécuteur (…)  C’est une véritable tragédie juive". (Propos extraits d’une interview intitulée L’antisémitisme matrice de tous les racismes publiée dans Télérama le 2 août 2014). Elisabeth Roudinesco, historienne et psychanalyste, juive d’origine roumaine, connait bien le sujet...Soyons clairs, pas de confusion entre, d’une part et je cite "la politique d’escalade israélienne", et l’antisémitisme d’autre part. "Même en Israël il existe une opposition à cette politique, bien qu’elle soit écrasée par une sorte de sursaut national, surtout en temps de guerre." précise encore Elisabeth Roudinesco. Le cinéaste israélien, Amos Gitai, a bien dû s’exiler en France, de 1983 à 1993, pour s’être ouvertement opposé à l’invasion du Liban en 1982.

Alors, en cette presque rentrée, je me plais à penser que les livres ne sont pas de simples refuges ou des moments d’évasion mais bien des points de repère, des phares comme dans le poème éponyme de Baudelaire. Ces mêmes livres qui de tous temps suscitent la haine des dictateurs. Un de mes professeurs de français avait pour habitude de terminer son cours par la fameuse phrase attribuée à Beaumarchais  : "Lisez, lisez, il en restera toujours quelque chose… "
 
Souhaitons aussi que la jeunesse puisse acquérir, non pas le savoir pour le savoir, mais pour apprendre à penser par elle-même. C’est là le secret d’une éducation réussie. Victor Hugo le disait déjà : "L’éducation de l’enfant a pour finalité la conquête de la liberté, ce qui suppose l’émancipation de ses trois maîtres : le père de famille, le prêtre, le maître d’école lui-même. " Citation à remettre dans le contexte du 19ème siècle, soit peu de femmes sur le devant de la scène, même si Hugo était un partisan du suffrage universel étendu aux femmes.

Cette émancipation, c’est aussi une des missions de l’éducation populaire et de ses acteurs avec lesquels je reprendrai mes habitudes de travail dès septembre. Et je sais qu’il reste beaucoup à faire pour réussir sur le terrain les conditions et la mise en œuvre du Bien Vivre Ensemble, par-delà les origines et les croyances respectives de chacun, dans le respect de la laïcité.

L’été prochain, j’irai peut-être à Ouessant et à Sein, îles au large du Finistère, là où la terre se finit. Pour voir le phare que les bretons, fins connaisseurs en matière de tempêtes, ont surnommé « l’Enfer des Enfers », Ar-Men… Iles, terres d’exil mais aussi la bonne mise à distance pour lire, écrire, bâtir et vivre autrement. Le temps d’une pause.

En attendant, je vais essayer de reprendre la lecture avec Il faut que je vous dise quelque chose de Louis Mermaz, ancien maire de Vienne, et compagnon de route de François Mitterrand.
Rendez-vous en septembre !
Phare de Pen Men - Ile de Groix